Jean-Marie Chevalier, professeur à l’Université Paris-Dauphine nous parle géopolitique de l’énergie

Jean-Marie Chevalier, professeur à l’Université Paris-Dauphine nous parle géopolitique de l’énergie

Jean-Marie Chevalier, professeur à l’Université Paris-Dauphine nous parle géopolitique de l’énergie

Jean-Marie Chevalier

 

Jean-Marie Chevalier est professeur à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP). Il est aussi directeur au Cambridge Energy Research Associates (CERA, bureau de Paris). Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur l’énergie.

 

Dans un mix européen, quelle est selon vous la place des ENR d’ici 2050 ? Et quelle est la place du nucléaire d’ici 2050 ?

Il y a une loi énergétique qui vient d’être promulguée. Pour les énergies renouvelables, il y a à la fois de bonnes nouvelles et de moins bonnes nouvelles, dans la mesure où cela ne va pas assez vite pour atteindre les objectifs des renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2030 ou 2050. Notamment, dans le cas français, ce qui est en retard à mon avis c’est l’éolien offshore. (voir notre article sur le développement de l’éolien offshore en France)

Cette technologie a été développée dans la plupart des pays européens qui disposent de gisements possibles, en Allemagne notamment avec un câble sous-marin électrique qui va en Norvège. La Norvège dépend à 90% de l’hydraulique, mais quand le vent souffle en Allemagne, c’est plus intéressant pour eux d’importer de l’électricité éolienne allemande plutôt que de faire tourner les barrages. Ils gardent des réserves pour les vendre éventuellement plus cher aux Allemands éventuellement quand ils auront besoin. Ce sont donc des phénomènes d’échanges qui sont en train de se développer. Dans le cas français, premièrement, les objectifs des énergies renouvelables sont très importants, deuxièmement, nous sommes en retard sur l’éolien offshore. Sur le solaire, il n’y a pas grand-chose à dire et sur le nucléaire EDF a annoncé la fermeture de centrales à des dates précises.

Ma position par rapport au nucléaire est très claire, c’est-à-dire, tant qu’une centrale nucléaire fonctionne en respectant les règles de sûreté nucléaire, il faut la laisser tourner. C’est seulement à partir du moment, où elle ne répond plus à ces critères de sécurité qu’on peut envisager de la fermer. Pour moi, le nucléaire installé est un atout, même si nous n’aurions pas dû en installer autant, ces 58 centrales sont maintenant là, il faut donc essayer de les garder le plus longtemps possible tant qu’elles obéissent aux critères de sécurité. C’est extrêmement difficile pour moi de vous dire qu’elle sera la place du nucléaire d’ici 2050, car c’est un problème de logique économique et de bon sens de la maintenance de nos 58 réacteurs.

éolien offshore

« La France est en retard sur l’éolien offshore » – Photo by Nicholas Doherty on Unsplash

Pour rester dans cette question, nous aimerions avoir votre opinion à l’échelle européenne, on nous parle beaucoup du débat des renouvelables contre le nucléaire en France, mais à l’échelle européenne, on imagine difficilement un mix essentiellement renouvelable ou un mix essentiellement nucléaire.

La France est un pays très nucléarisé mais il y a d’autres pays qui sont en faveur du nucléaire comme la République Tchèque, la Slovaquie ou éventuellement la Hongrie. Et puis on a des pays qui refusent systématiquement le nucléaire comme l’Autriche, les Pays-Bas ou l’Allemagne. On dit que le système allemand et français sont complètement opposés, car nous avons du nucléaire et ils ont du charbon et que leur sortie du charbon va prendre longtemps. La comparaison qui me paraît la plus importante se base sur la question des systèmes et de leur efficacité énergétique. Là-dessus, les Allemands vont plus vite que nous pour améliorer l’intelligence des systèmes électriques en place.

Dans une perspective de transition énergétique, la première des priorités serait les économies d’énergie. Je remplacerai le mot d’économie d’énergie par le mot « intelligence énergétique » c’est-à-dire contrôler et gérer d’une façon plus précise les échanges, les flux d’électricités, leur emplacement des sources alternatives, etc. C’est un peu ce que fait RTE à l’heure actuelle avec leur préoccupation très récente sur les problèmes de stockage. Le stockage permet d’économiser des lignes à haute tension qui sont de plus en plus difficiles à construire.

Alors maintenant, il y a un autre argument contre le nucléaire. À l’heure actuelle, depuis Fukushima, les pays qui ont du nucléaire découvrent que le nucléaire implique des coûts futurs qui sont extrêmement élevés et difficiles à assumer. Je parle du démantèlement des centrales, de la gestion des éléments radioactifs et du stockage des éléments radioactifs. Par exemple, dans le cas français, on nous parle depuis dix ans du site de Bure où des travaux ont été effectués, mais lors des dernières interventions sur Bure, des levées de boucliers incroyables ont eu lieu. Je pense que cela sera un peu comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à cause d’une opposition qui vient du fait que les gens ont peur de supporter ces coûts futurs du nucléaire qu’on connaît encore mal.

Dernier argument qui n’est pas des moindres, c’est le nucléaire, mais quel nucléaire ? La France est présentée comme ayant la nouvelle technologie qui est l’EPR (réacteur pressurisé européen). Des EPR, il y en a quatre dans le monde, dont trois en construction. Il y a les deux Chinois et deux ont été mis en service. Deuxièmement, on a le cas finlandais qui traîne depuis plus de dix ans et dont le coût a été multiplié par trois. Pour Flamanville, le coût a été multiplié par quatre et on ne sait pas si on va le mettre en service. C’est un chantier qui est incroyablement compliqué. Ça ce sont les éléments très négatifs pour le nucléaire. Et je pense que l’on ne verra pas de pays revenir au nucléaire comme l’Italie ou l’Allemagne, les Pays-Bas, même l’Espagne, et les pays qui voudraient faire du nucléaire, dans les conditions économiques actuelles.

EPR Flamanville

EPR Flamanville – © SIPA / Alexis Morin via Les Echos

Que pensez-vous de l’objectif français d’obtenir une neutralité carbone d’ici 2050 ? Quels sont les priorités et les freins pour atteindre ces objectifs ?

Premièrement, c’est un objectif très louable que s’est fixé la France et c’est bien de viser cela. Deuxièmement, sur les stratégies, la priorité est l’intensité énergétique et l’intelligence énergétique des systèmes, aussi bien au niveau de la production, du transport que de la distribution, qu’au niveau de l’utilisation finale de l’électricité. Là il y a un gisement extraordinaire de rationalisation, avec le numérique, l’intelligence artificielle, la digitalisation, etc. C’est quelque chose qui doit être présenté en priorité sur notre objectif de neutralité carbone. Et je pense qu’à terme nous y arriverons, mais je ne sais pas si nous respecterons la date. La transition énergétique c’est le sens de l’histoire, la planète est en train de périr et si on ne fait rien et bien cela sera irrécupérable. Il faut s’inscrire dans la transition énergétique, ce qui est très difficile, car il y a des problèmes fiscaux, des problèmes de systèmes que l’on a mis en place, tout cela n’est pas facile.

 

Est-ce que vous pensez que la transition énergétique nécessite un passage vers plus d’électricité ou est-ce qu’on va aussi vers une baisse de la consommation d’électricité ? 

Je dirais que la transition énergétique est une transformation énergétique avec une espèce de raccourcissement entre la production et l’utilisation finale. On retombe sur les problèmes d’économie circulaire et d’autonomie énergétique ou de dépendance énergétique. Cela dit, là encore on retombe sur le concept de « smart grid » ( « réseau intelligent » ndlr). On peut introduire davantage d’intelligence dans des systèmes qui ont été mis en place d’une manière très traditionnelle et conservatrice. On ne pourrait pas reconstruire les lignes à haute tension que l’on a construites dans les années 50-60. Cette question se rapporte à l’économie, à l’organisation économique en général avec une accélération de changements qui s’imposent.

 

Nous sommes partis d’un constat : géographiquement, la France est située au carrefour des plus grandes économies européennes, notre capacité d’interconnexion est de 50 câbles qui représentent plus de 10 GigaWatts soit plus de 10% de notre puissance installée nationale. Ne devrions-nous pas produire plus d’énergie bas carbone pour l’exporter que de vouloir remplacer notre parc nucléaire par du renouvelable ? 

Vous touchez là un problème très compliqué. Par exemple, la France exporte une grande partie de son électricité pendant les mois plus chauds (été, printemps, automne) et importe de l’électricité aux moments plus froids. On importe des Pays-Bas, d’Allemagne, de Belgique dans les moments où il fait très froid et comme les gens se chauffent beaucoup au chauffage électrique, on manque d’électricité et nos centrales n’ont pas été construites pour alimenter l’ensemble de ces investissements au chauffage électrique. Donc, l’interconnexion est bonne. On peut l’intensifier et stocker de l’électricité qui permet de régulariser les flux, mais qui sont des flux à double sens. Quand en France on achète un kilowattheure en Pologne, ce kilowattheure peut passer par la Suisse, par l’Italie, par l’Espagne, parce qu’on ne trace pas le chemin de l’électricité, ce sont les lois de Kirchhoff. Elle suit la ligne où il y a le moins de résistance, c’est-à-dire les lignes et les trajets sur laquelle la résistance électrique est la plus faible.

Interconnexion

L’Europe fortement interconnectée par l’électricité – Source : Fotolia © Guillaume Le Bloas

Les ENR se sont développées jusqu’à présent là où les mécanismes nationaux de subvention l’ont permis, sauf dans le cas des Pays-Bas et de l’Espagne, qu’en pensez-vous ?

Pour l’instant, les énergies renouvelables ont besoin d’être subventionnées au départ, mais il y a un élément qui est extrêmement important c’est le coût de production du kilowattheure renouvelable qui baisse de façon continue et va continuer à baisser. Donc au fur et à mesure qu’il baisse, il n’y a plus besoin de subvention. Dans le cas français, on a mis en place de fortes subventions, mais aujourd’hui ces subventions sont en diminution parce que ces énergies deviennent compétitives. La question que vous posez s’adresse aux problèmes de disparités fiscales, or, vous savez qu’au niveau communautaire, pour avoir des décisions sur la fiscalité ou sur les subventions, c’est l’unanimité des 27 pays européens qu’il faut. Donc c’est une opération très difficile à effectuer. Bien sûr, on souhaite beaucoup une harmonisation des systèmes fiscaux et des systèmes de subventions, mais pour l’instant on en est loin encore à cause de cet argument institutionnel. Il faudrait aller vers une unification, mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Ce qui explique une disparité dans le développement des renouvelables, qu’elles soient subventionnées ou pas dans les différents pays.

 

Est-ce que cela est juste de nous présenter comme des consommateurs français, est-ce que nous ne sommes pas plutôt des consommateurs européens ?

Il faut bien faire comprendre aux gens que ce n’est pas parce que nous avons une grosse production nucléaire que nous ne consommons que du nucléaire. On a besoin d’importation et d’exportation sur les flux électriques. Nous sommes bien consommateurs européens, mais derrière cette question il y a la notion d’unification, d’harmonisation des fiscalités et des prix. Autant pour le pétrole, vous avez un cours du pétrole à l’international qui s’affiche pour tous les pays que ce soit en République Tchèque ou en Espagne. Pour l’électricité, il y a une différence de prix. Par exemple, l’électricité est plus chère en Allemagne qu’en France et on nous dit que l’électricité française est la moins chère. Ce qui est statistiquement vrai, mais sur le fond ce n’est pas évident parce que le prix de l’électricité en France n’inclut pas toutes les dépenses futures du nucléaire (démantèlement, etc.). Ils disent qu’ils les incluent, mais ce n’est pas inclus au niveau dont nous aurons réellement à faire face.

 

Merci à Jean-Marie Chevalier pour cette interview réalisée par Anne-Sophie Toutain et Ivan Debay.

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Le directeur du E.Leclerc à Flers, Mickael Gaultier s’engage pour l’énergie et l’écologie

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Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre entreprise ? 

Je suis Mickael Gaultier, je suis le président de la SAS Sodiflers qui exploite un hypermarché que jai repris en janvier 2016 à la suite de mon père. Le magasin est sous lenseigne E. Leclerc et emploie 250 personnes. Il a ouvert en 1972 dans une ancienne usine de bonbon puis sest agrandi au fur et à mesure des années pour atteindre aujourdhui 5300 mde surface de vente et 1100m2 despace culturel. Le magasin est composé dun hypermarché, dun drive déporté et dune jardinerie. 

 

Depuis quand consommez-vous vert et quelles ont été les motivations dans cette démarche ?

Depuis une petite dizaine d’années, au départ nous avions pris 25% de notre consommation en électricité verte via notre contrat EDF. Puis depuis 2016, nous consommons 100% vert via l’achat de Garanties d’Origine en plus de notre contrat de fourniture d’électricité classique.

L’achat d’électricité verte m’a paru comme une évidence. C’est un complément à une démarche globale, pas un aboutissement en soi. La première étape a été d’abord de se certifier ISO 50001. Lobjectif était de maîtriser notre consommation à travers cette certification. Après avoir acquis une certaine maturité dans notre management de lISO 50001, l’étape suivante était de consommer de l’électricité verte. Il faut aussi savoir quen termes dinvestissement, nous sommes bridés puisque nous avons un projet de transfert de magasin. Nous ne pouvons donc pas investir sur des panneaux solaires, mais nous avons investi dans des LED. Malgré tout, lidée était quand même daméliorer notre empreinte carbone en consommant de l’électricité verte à 100%. 

 

Pourquoi avoir choisi d’acheter des Garanties d’Origine de manière indépendante à votre fourniture d’électricité chez EDF ?

La difficulté était en termes de contrat. Nous avons un contrat national avec EDF, mais qui nincluait pas cette possibilité de faire des contrats d’électricité verte à 100%. Cest pour cela que je suis passé par un autre opérateur.  

éoliennes 

En quoi ce choix de consommation d’électricité verte est en accord avec les valeurs de votre magasin et de lenseigne ? 

Pour moi, en tant que chef d’entreprise, on ne peut pas s’exonérer des enjeux environnementaux, cela doit faire partie de la gestion dune entreprise. Le choix de consommation dune électricité 100% verte vient en complément des choix de lenseigne.  

Ce choix de consommation verte va cependant dans le sens de lenseigne qui a un plan dinvestissement sur le développement des panneaux solaires. Nous avons aussi des initiatives à travers les CEE pour faire des économies en magasin ou faire faire des économies à nos clients. Nous avons inventé ce système de CEE, qui a été repris par la concurrence. Nous avons aussi beaucoup dinitiatives lorsquon fait des travaux, pour avoir de bonnes pratiques et de bons conseils pour aller vers des bâtiments moins énergivores. Les sujets environnementaux font partie de lADN de lenseigne, avec notamment la suppression des sacs de caisse 20 ans avant la loi et les opérations « Nettoyons la nature ». L’ambition de Michel-Édouard Leclerc est de faire en sorte que l’enseigne devienne leader du développement durable. 

 

Y a-t-il eu des freins dans la prise de décision du passage à l’électricité verte ? 

Non, honnêtement il ny a pas eu de frein. 

 

Avez-vous récemment pris dautres engagements écoresponsables ? 

ÉolienneOui, le magasin est « zéro déchet alimentaire ». Tous nos déchets trouvent une autre issue que la poubelle au travers de dons aux associations caritatives, de ventes démarquées, de don pour la nourriture d’animaux avec un louvetier et en issue ultime du compostage avec une association. Cest un travail quon ne peut pas faire tout seuls, même si nous donnions déjà aux associations depuis de nombreuses années. Nous sommes accompagnés par la société Phenix. Ils ont optimisé ce que nous faisions déjà et trouvé des débouchés que nous navions pas le temps de chercher. Le management des équipes aussi est important et passe souvent beaucoup mieux lorsque cest géré par un intervenant plutôt que nous même.  

Nous avons aussi installé des ruches sur nos drives afin de favoriser la biodiversité. 

 

Avez-vous un futur défi à relever? 

Complètement. Si jai la chance à court ou moyen terme de pouvoir transférer ce magasin qui a 47 ans. J’aimerais en faire le magasin le plus efficient et le moins énergivore possible. Cest évident lorsquon construit un nouveau bâtiment. La gestion des eaux est aussi importante. Cela coule de sens de pouvoir récolter leau de pluie pour les toilettes ou les autolaveuses. Je serai peut-être à un moment donné bridé par les investissements. Mais si je ne peux pas tout faire tout de suite, je ferai en sorte de pouvoir intégrer ces solutions plus tard dans lavenir. La mobilité électrique est aussi à prendre en compte par exemple.  

 

Et enfin, communiquez-vous sur la consommation d’électricité verte ? 

Justement, tout le monde me dit « il faut communiquer sur ce que nous faisons de bien ». Mais je ne veux pas communiquer pour que ce soit un argument marketing. Si nous faisons les choses, cest parce que nous en sommes convaincus de leur nécessité et il faut peut-être que je réfléchisse à une communication globale sur nos démarches. Il y a lengagement zéro déchet, lISO 50001, l’électricité verte, etc. Il faut harmoniser ce message, et cela peut être compliqué. Lessentiel est pour moi daller dans la démarche. La communication vient dans un second temps.  

 

Merci à Mickael Gaultier pour cette interview.

Vous pouvez suivre l’actualité de E.Leclerc sur : https://www.e-leclerc.com/

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Photo by Brooke Cagle

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Dirk Van Evercooren, président de l’AIB incite les consommateurs à choisir un contrat d’électricité verte

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Dirk Van Evercooren, président de l’AIB incite les consommateurs à choisir un contrat d’électricité verte

Pouvez-vous vous présenter ainsi que la nature de vos fonctions à l’AIB (Association Of Issuing Bodies) ?

Je suis Dirk Van Evercooren. Je travaille en tant que régulateur du marché de l’électricité en Belgique, à l’agence VREG. Il s’agit de mon principal travail. VREG est aussi désigné comme émetteur de GO en dans cette capacité, nous sommes membre de l’AIB. C’est pour cela que j’ai accepté d’être président de l’AIB qui est une position volontaire et donc bénévole. L’AIB est une association à but non lucratif européenne qui réunit les teneurs de registres de Garantie d’Origine dans 21 pays, responsables chacun d’un pays, ou d’une région en ce qui concerne la Belgique. Les pays sont tous membres de l’Union européenne ou de l’espace économique européen ce qui inclut Norvège et Islande. La Suisse a également signé pour participer. La décision de constitution de cette association part du constat qu’au début les pays commençaient à transposer les directives européennes encadrant le mécanisme des Garanties d’Origine dans leur législation nationale de manières très diverses. Chacun avait fait sa propre définition ce qui aboutissait au résultat que s’échanger des GO était un cauchemar. Il fallait donc une certaine standardisation. La 1ère contribution de l’AIB est d’avoir standardisé de façon opérationnelle les échanges des GO. Désormais, on peut s’échanger dans la zone AIB des GO sans aucun souci. Pour faciliter encore davantage ces échanges de GO, on a créé un « hub », c’est une plateforme d’échange des GO qui permet de travailler plus efficacement, car les registres de tous les pays émetteurs sont connectés ensemble. On a donc créé ce standard opérationnel appelé EECS qui permet d’échanger des GO avec toute la zone AIB.

logo EECS

Le but de cet article est d’étudier ce qui peut inciter les consommateurs à choisir un contrat d’électricité verte. Vous en votre qualité de président de l’AIB êtes au 1er plan.  Est-ce que selon vous il y a un engouement pour les contrats d’électricité verte de la part des consommateurs ? Que ce soit en Europe, en France, Belgique.

C’est une question auquel on ne peut pas répondre de manière générale. C’est clair qu’un certain nombre de pays dans lesquels cette prise de conscience a été très élevée depuis quelques années, notamment les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique ainsi que d’autres pays nordiques. Je ne connais pas les chiffres de tous ces pays, mais prenons le cas de la Flandre, car c’est la région dans laquelle je travaille. On a ici plus de 40% des contrats des ménages et des entreprises qui sont verts ce qui est non négligeable ! Par contre j’ai l’impression que dans d’autres pays cette tendance est moins avancée, surtout chez les ménages et les PME. Cela dépend donc de circonstances locales.

 

Est-ce que vous pensez que les GO sont un bon moyen pour rémunérer les producteurs d’énergies renouvelables ?

C’est un thème extrêmement intéressant à discuter. Je crois que le mécanisme est là et je le soutiens à 100%. Une grande partie du travail de l’AIB consiste à rendre ce mécanisme fiable. On fait tout le nécessaire pour éviter les double-comptages par exemple. Et ça marche, le système est fiable et robuste dans la zone AIB. Mais est-ce un bon moyen pour rémunérer les producteurs ? Je pense que cela dépend des contrats que les producteurs négocient. C’est un marché de gré à gré. Le prix des GO est souvent gardé secret entre les parties. De plus, en prenant par exemple la Belgique, les producteurs ont été jusqu’ici beaucoup plus focalisés sur le système de support, le certificat vert, plutôt que de compter sur la GO. Il faut aussi constater que le prix des GO a beaucoup fluctué ces 18 derniers mois et donc pour le moment on ne peut pas dire que c’est une forme de financement qui est stable. Le prix a été au plus haut dans la 2ème partie de l’année passée, mais il a chuté assez fortement au début de cette année-ci. Ce n’est pas évident de faire un business en tant que producteur qui dépend de la valeur du GO si on a une fluctuation des prix tels que l’on a vu ces derniers mois. Mais maintenant que l’on a de plus en plus de technologies qui sont proches de la rentabilité sans support, la GO devient de plus en plus importante dans le business plan des producteurs.

Barrage hydraulique

Image par Hans Braxmeier de Pixabay 

Pensez-vous que les GO peuvent faciliter la transition énergétique ?

J’ai eu des contacts avec des ONG comme WWF et Greenpeace qui ont des doutes concernant l’intérêt des GO. Ils sont davantage attentifs au système des subventions directes plutôt qu’à un système de soutien par un marché volontaire. Néanmoins, la demande de GO augmente de plus en plus sous l’impulsion des problématiques climatiques et concrètement d’initiatives comme le RE-100. Cela va provoquer de plus en plus de pression sur le marché des GO, surtout des GO spécifiques comme l’éolien ou le solaire. Tout cela aura de plus en plus un effet accélérateur sur les investissements. On le voit déjà par exemple en Espagne et en Allemagne où sont construits maintenant des parcs solaires sans soutien public, mais uniquement sur base d’un contrat d’achat de longue durée qui inclue les GO. L’électricité du parc solaire pendant 10 ans va être utilisée par des consommateurs industriels. D’un côté il y a les GO qui prouvent aux consommateurs qu’ils utilisent l’électricité de ce parc solaire et en contrepartie il y a un flux financier qui permet de financer le projet. Donc les GO sont la pierre angulaire du projet qui peut se réaliser sans subventions. On fait la même chose avec les parcs off-shore éoliens aux Pays-Bas ! C’est une tendance de plus en plus remarquable.

 

Quels seraient pour vous les moyens les plus efficaces pour inciter les consommateurs à souscrire à des contrats d’électricité verte ?

L’AIB est plutôt une organisation qui s’occupe des aspects techniques. Nous ne sommes pas de grands communicateurs. Ce sont plutôt des organisations comme la vôtre qui font le travail de communication et nous sommes bien reconnaissants de vos efforts. Les débats sur le changement climatique permettent de donner un contexte qui déjà peut générer de l’intérêt. Si on veut faire quelque chose pour le climat et l’environnement, prendre un contrat d’électricité verte est un premier pas relativement facile. Il ne faut pas forcément changer son comportement comme dans le cas d’une décision de ne pas prendre l’avion. Et pourtant cette action a un impact significatif. Si nous l’expliquons bien, il me semble que cela peut accrocher pas mal de gens.

éoliennes offshore

Image par David Will de Pixabay 

Une étude réalisée en Chine par Xie en 2018 indique que la transparence du gouvernement ainsi que la connaissance sur les énergies renouvelables sont des facteurs importants pour les consommateurs dans leur choix de consommation d’électricité verte. Qu’en pensez-vous ?

Je suis tout à fait d’accord. C’est pour cela que l’AIB s’est investi dans la rédaction d’une vision long terme quand on a vu qu’un nouveau paquet législatif européen en matière de l’électricité était en préparation. Au début de cette procédure législative, nous avons émis notre « Reflection paper ». Le principal sujet pour l’AIB est la transparence complète. Aujourd’hui nous utilisons des GO pour les énergies renouvelables et de manière anecdotique pour les sources de cogénération. Ce n’est pas suffisant pour le public. Imaginons maintenant que nous prenions cet instrument – qui a prouvé ses mérites amplement – et que nous l’appliquions à toutes sources d’électricité. Là on obtient un système de transparence qui est beaucoup plus efficace. La vision de l’AIB est donc d’utiliser l’instrument des GO pour toute source d’électricité, ce qui permet de donner une information beaucoup plus claire afin de motiver le consommateur. Car si une facture détaille précisément le choix conscient du fournisseur de la source de l’électricité apportée, le pourcentage de charbon, de gaz, de renouvelable, de nucléaire, etc., nous pouvons plus facilement expliquer les impacts de la consommation sur l’environnement, notamment en termes de CO2.

 

En Flandre (Belgique) environ 44% de la consommation est couverte par des GO alors qu’en France c’est seulement 7%. Comment expliquez-vous ce taux en Belgique ?

Depuis un certain temps, il y a beaucoup d’attention des consommateurs pour ce type de contrats verts. Il y a des raisons historiques. Jusqu’en 2011 il y avait un soutien indirect de l’État. Si les fournisseurs prouvaient que la fourniture d’électricité était d’origine renouvelable, il y avait une déduction fiscale sur la facture. C’était surtout les nouveaux venus sur le marché qui utilisaient cette déduction et se mettaient pleinement à l’électricité verte. Ce qui fait qu’il y a eu beaucoup de contrats verts à cette époque-là. Le gouvernement s’est rendu compte que bientôt tout le monde serait vert si cela continuait comme ça, car à l’époque il y avait une abondance de GO bon marché venant des pays nordiques. Le mécanisme devenant insoutenable financièrement, le gouvernement a arrêté d’octroyer cette déduction fiscale. Mais ce qui est intéressant c’est qu’entre-temps il y avait beaucoup de ménages qui, ayant souscrit initialement pour une raison de coût, avaient développé une certaine sympathie pour les contrats verts. Ils ont donc continué avec ce contrat à cause d’une prise de conscience environnementale. Il y a aujourd’hui aussi en Flandre beaucoup de ménages qui utilisent des achats groupés organisés par la communauté ou la province. C’est systématiquement de l’électricité verte qui l’emporte. Le fait que ce soit réalisé sous l’autorité d’une collectivité locale joue sûrement dans le fait d’être soucieux de montrer l’exemple. À ce moment beaucoup de contrats sont devenus verts.

 

Merci à Dirk Van Evercooren pour cette interview réalisée par Guilhem Masson.

Vous pouvez retrouver l’actualité de l’AIB sur : https://www.aib-net.org/

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Steven Vanholme nous parle du label EKOenergy

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Quels seraient pour vous les critères importants d’un label concernant les offres d’électricité verte ?

Je suis Steven Vanholme. Je fais partie d’EKOenergy, c’est un label d’électricité déjà installé depuis 6 ans. Il n’y avait pas d’écolabel de l’électricité avant sur le marché européen. Nous avons donc étudié le marché dans de nombreux pays et nous avons parlé à de nombreux acteurs. Puis nous avons intégré ces éléments dans notre écolabel. Quand avons créé le label nous avons sélectionné les sujets que nous considérions les plus importants et établi nos critères en fonction.  Nous avons plusieurs critères : l’additionnalité, c’est-à-dire le fait de contribuer au développement des énergies renouvelables et aussi l’impact sur la biodiversité qui doit être le bas possible. Par exemple un barrage peut produire de l’énergie renouvelable, mais s’il est mal placé il peut anéantir la biodiversité de la rivière. Notre motivation est d’avoir l’impact le plus positif possible sur la nature et le climat.

 

Un label peut-il inciter les consommateurs à choisir de l’électricité verte ? 

J’en suis absolument convaincu. De nombreux consommateurs ont besoin de garantie provenant d’une organisation à but non lucratif. Cela les encourage à passer à l’achat. Même s’ils n’achètent pas de l’électricité certifiée par un écolabel, la présence d’une organisation non gouvernementale qui connaît le marché et qui interagit avec les acteurs du marché contribue crée de la confiance. Nous recherchons l’information concernant l’électricité verte et nous produisons de l’information facile à comprendre pour les consommateurs.

 

À part la confiance, pensez-vous qu’il y a d’autres effets positifs d’un label ? 

Le but est qu’il y ait plus d’énergie renouvelable. À travers notre écolabel nous soutenons de nombreux projets environnementaux qui n’auraient pas pu exister sans nous. Donc c’est un résultat très clair et positif. De plus les consommateurs, en choisissant notre label, nous donnent du pouvoir pour influencer les preneurs de décisions. Nous essayons d’être sûrs que la voix des consommateurs d’énergie propre soit représentée.

 

Quels seraient les effets néfastes d’un tel label ? Ne craignez-vous pas qu’une profusion de label amène de confusion pour le consommateur ?

Tout d’abord, il n’y a pas une multitude d’écolabels pour l’électricité, en tout cas pas de label indépendant. Si je comprends bien, en France nous sommes toujours les seuls. Mais même s’il y avait plusieurs labels indépendants, cela aurait plutôt un effet bénéfique. La transition énergétique serait dynamisée. Il y a de nombreuses organisations traitant de l’environnement. Si chacune d’elles amène de la dynamique sur le marché et incite les consommateurs à faire plus, il n’y a que du positif.

Néanmoins, je pense que les journalistes qui écrivent des articles sur le marché d’électricité verte veulent toujours trouver quelque chose de négatif, car cela crée des débats. Nous préférons nous concentrer sur les réussites et l’évolution positive de ce secteur.

EKOenergy2

Pour vous, un label peut-il faciliter la transition énergétique ? 

Pour avoir une transition énergétique, nous avons besoin d’autant d’acteurs que possible. Un label ne peut sauver le monde à lui seul, mais il fait partie d’un des nombreux facteurs qui aident cette transition. Nous essayons de progresser. Nous essayons de montrer aux consommateurs qu’il est possible de faire quelque chose de significatif pour l’environnement. Donc dans ce sens nous aidons effectivement à la transition. Si vous ne voulez pas dépenser du temps dans la conception d’un écolabel, vous pouvez utiliser le nôtre.

 

Aujourd’hui en France l’ADEME lance des discussions pour la création d’un écolabel, qu’en pensez-vous ?

Nous partageons des intérêts communs. Il serait donc intéressant de travailler ensemble pour voir les possibilités qui s’offrent à nous et ainsi accélérer la transition énergétique en France. Je veux également rappeler notre label EKOénergie étant reconnu à l’international et basé sur beaucoup d’années d’expérience. Les fournisseurs et les consommateurs d’énergie en France, comme ailleurs, peuvent l’utiliser.

 

Les offres d’électricité verte vous paraissent-elles claires et transparentes ? 

Encore une fois si tout était parfait nous n’aurions pas besoin d’un écolabel. Nous sommes là pour rendre les choses plus transparentes. Nous assurons que l’électricité achetée provient de source renouvelable, durable et que cet achat aura un impact sur le terrain. Quant aux directives européennes, elles sont assez précises et les États l’appliquent relativement bien. Mais nous, en tant qu’écolabel, nous pensons toujours que les choses pourraient être mieux faites et plus claires. Le consommateur ne connaît pas forcément la réglementation. Mais si une ONG dit « on a des études sur ça, voici comment et pourquoi on fait ça », alors les gens sont peut-être plus enclins à changer pour du renouvelable. Comme je l’ai dit avant, nous contribuons à fournir de l’information au consommateur. Mais même dans des marchés où la loi et les réglementations garantissent la transparence, un label comme le nôtre peut toujours faire la différence. Nous assurons par exemple aussi que l’électricité achetée provient de sources durables et que l’achat aura un impact sur le terrain. En choisissant EKOénergie, les consommateurs contribuent à notre Fonds pour le Climat qui finance des projets d’énergie renouvelable dans les pays en développement. L’année dernière par exemple nous avons financé des projets d’installation solaire d’ONG françaises comme Santé Sud et Fondation Énergies pour le Monde. Sans les consommateurs d’EKOénergie ces projets ne pourraient pas exister.

Merci à Steven Vanholme pour cette interview réalisée par Guilhem Masson.

Vous pouvez suivre l’actualité d’EKOenergy sur : https://www.ekoenergy.org/fr/

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Lisette Ibanez, chercheuse à l’Université de Montpellier nous parle d’un label concernant les offres d’électricité verte

Lisette Ibanez, chercheuse à l’Université de Montpellier nous parle d’un label concernant les offres d’électricité verte

Lisette Ibanez, chercheuse à l’Université de Montpellier nous parle d’un label concernant les offres d’électricité verte

Pouvez-vous vous présenter ainsi que vos fonctions ?

Je suis Lisette Ibanez. Je suis chercheuse à l’INRA depuis plus de 20 ans. J’ai été recrutée à Nancy dans un laboratoire d’économie forestière où je me suis spécialisée dans l’écocertification des forêts. Puis je me suis orientée de plus en plus vers le consommateur car ce sont eux qui sont la clé de la réussite de tout ce qui est prise en compte de l’environnement. Actuellement je travaille au CEE-M (centre économie et laboratoire de Montpellier) et je m’intéresse à l’économie expérimentale. Mes domaines d’applications sont les déchets et l’efficacité énergétique des bâtiments.

 

Quels seraient pour vous les critères importants d’un label concernant les offres d’électricité verte ?

C’est très difficile d’y répondre, à mon avis il faut une compétence technique pour pouvoir déterminer cela car il faut prendre en compte l’ACV (analyse cycle de vie) d’un produit. De plus, il y a des impacts environnementaux du fait qu’on utilise l’énergie. Maintenant est-ce que l’on peut atteindre l’idéal ? Certainement pas. Là où l’économiste intervient c’est de savoir quand on définit un critère, que le coût de sa mise en place peut être surmonté. Si ce coût est beaucoup trop élevé par rapport à ce que ça rapporte en termes de bénéfice social, ça ne marchera pas. C’est important de donner une valeur à chaque critère pour voir ce qu’il peut apporter à l’environnement. Ensuite le coût de vérification est alors à prendre en compte car c’est l’organisme qui certifie qui doit vérifier que les entreprises respectent les critères définis.

Poteaux électriques

Image par Michael Schwarzenberger de Pixabay 

Un label peut-il inciter les consommateurs à choisir de l’électricité verte ?

Il semblerait que le consommateur y soit de plus en plus sensible. Il existe des astuces pour inciter à choisir une offre. C’est sur cela que moi je travaille. C’est donner des « coups de pouce » au consommateur, par exemple donner une indication par rapport à la norme sociale (vos voisins ont déjà souscrit à….). Ce serait donner de l’information au consommateur sur sa consommation par rapport à la société. De nombreuses études expérimentales ont été faite là-dessus où il semblerait que le consommateur a vraiment une envie de consommer de l’électricité verte.

 

 À part la confiance, pensez-vous qu’il y a d’autres effets positifs d’un label ?

Les côtés positifs sont très évidents, il y a un bénéfice sur l’environnement et l’individu va intégrer peu à peu un comportement respectueux de l’environnement. Je vois deux effets négatifs possible. En général le consommateur, quand il utilise une ressource non renouvelable, va avoir une certaine culpabilité et il va être modéré dans sa consommation. S’il consomme un label vert, il va se déculpabiliser et il se peut qu’il aille surconsommer. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond. C’est un risque étant donné que l’électricité verte n’est pas sans impact sur l’environnement. La surconsommation du fait du label vert risque d’être plus importante, et donc au final de faire plus de mal que de bien. De plus, lorsqu’un individu fait quelque chose de bien il s’autorise après à faire quelque chose de moins vertueux. Donc le fait que je consomme de l’électricité verte peut m’inciter à aller polluer ailleurs. Mais cela s’applique dans tous les domaines.

panneau solaire

 

Pour vous, un label peut-il faciliter la transition énergétique ?

C’est un moyen oui. Mais moi ce que je vois dans un label c’est que c’est un signal du coté de la demande. Souvent le consommateur le perçoit comme un coté marketing de l’entreprise. Il y a beaucoup de méfiance par rapport à ça. Ils se demandent si les entreprises font ça pour se distinguer et faire des plus-values ou par éthique, d’autant plus lorsque ce sont les entreprises qui créent leur propre label.

 

Les offres d’électricité verte vous paraissent-elles claires et transparente ?

D’un point de vue personnel, je trouve cela très flou. Je ne travaille pas dessus donc c’est seulement l’impression que j’en ai. Quand je suis démarché par un fournisseur j’ai beaucoup mal à faire confiance à la personne.

 

Merci à Lisette Ibanez pour cette interview réalisée par Guilhem Masson.

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Dania Piccioli, gestionnaire client de Garantie d’Origine chez Nvalue

Dania Piccioli, gestionnaire client de Garantie d’Origine chez Nvalue

Dania Piccioli, gestionnaire client de Garantie d’Origine chez Nvalue

Pouvez-vous vous présenter ainsi que la nature de vos fonctions ?

Je suis Dania Piccioli. Je travaille chez Nvalue depuis 2010, où je me suis occupée de tout ce qui est gestion de portefeuille et gestion client des Garanties d’Origine (GO). Aujourd’hui je suis membre du management, responsable de la communication et du marketing et au niveau opératif, du marché Suisse. Nvalue est une société Suisse qui est active depuis 2008 dans le commerce d’énergie renouvelable. On travaille avec les producteurs d’énergies 100% renouvelables pour lesquels on fait de la gestion de portefeuille ainsi que de la valorisation des GO dans le marché européen, principalement chez les fournisseurs d’électricité et aussi de plus en plus chez des clients grands comptes qui s’engagent en achetant de l’énergie renouvelable pour des raisons de responsabilité sociale et de marketing. Nous sommes actifs aussi dans d’autres marchés environnementaux et nous faisons du négoce de l’électricité physique court terme sur les principales bourses européennes.  

 

Y a-t-il un engouement pour les énergies renouvelables de la part des consommateurs ?

Oui, j’observe que de plus en plus de consommateurs sont intéressés à la question, et cela principalement grâce aux campagnes de sensibilisation des dernières 20-30 années. Cependant aujourd’hui, grâce à internet, tout type d’information est accessible à tout le monde, ce qui se traduit des fois dans du terrorisme climatique qui pourrait engendrer des sentiments de désespoir. L’effet risquerait alors d’être l’inverse, à la place de plus s’engager dans des comportements et mesures pour réduire les effets du réchauffement climatique, on laisse tomber, car « il n’y a plus rien à faire ». À mon avis il est donc important que les gouvernements et les acteurs des marchés énergétiques investissent davantage dans la communication pour que l’information qui arrive aux consommateurs soit correcte.

 

Pensez-vous que les GO sont un bon moyen pour récompenser les producteurs d’énergies renouvelables ?

Je pense que c’est le seul, et un bon moyen pour permettre aux consommateurs de choisir l’électricité qu’ils préfèrent. C’est un outil qui permet de développer la demande, qui devrait ensuite développer l’offre. On peut bien dire aux producteurs qu’il y a la GO, mais s’il n’est pas possible de leur assurer la vente de la GO, car il n’y a pas de demande, ils ne peuvent pas tirer du bénéfice additionnel de la vente de cette GO. Donc sans la demande, ce n’est pas un bon moyen pour récompenser les producteurs.

éoliennesImage par Free-Photos de Pixabay 

Pensez-vous que les GO sont un bon moyen pour faciliter la transition énergétique ?

Oui, mais il faut que le consommateur comprenne le système. Il faut investir dans la communication, lui expliquer comment le système fonctionne, comment la GO permet de lier la consommation d’électricité à la production d’électricité renouvelable. Les personnes qui ne travaillent pas dans ce secteur n’ont aucune idée de comment ce marché fonctionne, ce qui peut limiter la transition énergétique.

 

Quels seraient pour vous les moyens les plus efficaces pour inciter les consommateurs à souscrire à des contrats verts ?

Je trouve qu’il faudrait faire plus d’efforts du côté du gouvernement qui devrait investir davantage dans l’information et la pédagogie. Il faut arriver à cibler l’information qui permet de contribuer activement à la lutte contre le réchauffement climatique et insister sur la consommation d’énergie renouvelable ainsi que sur toutes les petites actions que l’on peut faire au quotidien pour réduire notre impact sur l’environnement. Ce rôle pourrait et devrait être joué aussi par les entreprises opérantes dans les marchés énergétiques. Il faut plus de campagnes d’informations, introduire des cours de changement climatique dans les écoles. Si on commence chez les enfants il se peut que les adultes de demain y soient plus sensibles. De plus, introduire des mécanismes incitatifs pour motiver les ménages à consommer des énergies renouvelables, par exemple récompenser le meilleur consommateur plutôt que de pénaliser avec des amendes les mauvais comportements. Mais c’est difficile d’appliquer un tel système aux ménages, car ces derniers n’ont souvent pas la liberté de faire ce qu’ils veulent, ou bien n’ont pas le pouvoir économique ou encore ne sont pas informés. Pour inciter les ménages, il faudrait d’abord que les entités publiques soient les premières à s’engager dans la consommation d’électricité verte à titre d’exemple. Car si cela ne vient pas de nos dirigeants on ne peut pas s’attendre à ce que les gens le fassent. Il faudrait aussi développer une certaine préférence pour la consommation d’énergie locale. 

 

Une étude réalisée en Chine par Xie en 2018 indique que la transparence du gouvernement ainsi que la connaissance sur les énergies renouvelables sont des facteurs importants pour les consommateurs dans leur choix de consommation d’électricité verte. Qu’en pensez-vous ?

Je suis d’accord. Je trouve aussi que les consommateurs ont encore beaucoup de doutes sur l’impact positif de certaines technologies et sur la véritable soutenabilité des énergies renouvelables. Par exemple, je suis souvent confrontée à des doutes liés à la balance entre les bénéfices des projets photovoltaïques en termes d’impact sur les émissions de CO2 au moment de la production et consommation d’énergie, et leur impact environnemental au moment du démantèlement des panneaux une fois qu’ils ont rejoint la fin du cycle de vie. C’est la même chose pour les voitures électriques. Les gens se questionnent sur le traitement de la batterie, sur la soutenabilité en termes de technologie. Toutes ces questions annexes sont souvent un frein pour le consommateur. Selon moi il est nécessaire aller un peu au-delà de la connaissance sur les énergies renouvelables, il faudrait investir un peu plus d’effort dans le cadre global de l’information sur la soutenabilité.

 

En Suisse environ 67% de la consommation est couverte par des GO émises en correspondance de production renouvelable, alors qu’en France c’est seulement 7%. Comment expliquez-vous ce taux en Suisse ?

Tout d’abord, depuis 2018, la loi impose que la consommation d’électricité en Suisse soit couverte à 100% par des GO. Nous traçons 100% de l’électricité qui est fournie, nous émettons donc des GO pour les technologies qui ne sont pas renouvelables. Même avant, on traçait la plupart de l’électricité fournie avec des GO correspondants à de la production hydroélectrique suisse. Cela, car, d’une part le consommateur Suisse préfère consommer local (et cela en général, pas que avec l’électricité), de l’autre part, les fournisseurs d’électricité locaux étant aussi propriétaires des centrales hydroélectriques et le marché suisse n’étant pas ouvert pour les ménages, les GO correspondantes étaient automatiquement inclues dans les mix.

Merci à Dania Piccioli pour cette interview réalisée par Guilhem Masson.

Vous pouvez retrouver l’actualité de Nvalue sur : https://nvalue.ch/home.php

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