Ivan Debay : il faut utiliser les GO françaises et arrêter de les exporter

par | Fév 10, 2022 | Interviews

QuiEstVert donne la parole à ses membres !

Ivan Debay, Fondateur et CEO de l’entreprise Origo, s’est prêté au jeu de l’interview et a répondu à nos questions sur la transition énergétique du mix électrique européen.

Depuis 2014, Origo propose aux entreprises et collectivités de les accompagner dans leur démarche de consommation d’électricité renouvelable via l’achat de Garantie d’Origine.

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Quelle place de la transition énergétique occupe-t-elle au sein de la lutte contre le réchauffement climatique ?

Je pense d’abord qu’il faut absolument intégrer la notion de sobriété énergétique. Mais nous le savons, le fait de favoriser la sobriété énergétique ne coïncide pas nécessairement avec une baisse de l’utilisation de l’énergie électrique. On projette aujourd’hui une augmentation d’environ 35% de l’utilisation d’électricité d’ici 2050.

Si l’on considère que la pollution électrique représente environ 25% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, et que nous allons vers davantage d’utilisation d’électricité, il y aura nécessairement une remise en question des moyens de production. Donc une évolution des énergies fossiles vers un maximum de renouvelable et le développement du parc nucléaire en Europe incontournable pour le réseau électrique.

Quel est la position de la France par rapport à la transition énergétique ?

Pour ma part, je me limiterai à parler de la transition énergétique du mix électrique.

« Nous n’avons pas à rougir des choix qui ont été faits. »

J’aimerais d’abord rappeler qu’en France nous n’avons pas à rougir des choix qui ont été faits. Nous avons fait les bons choix industriels en favorisant au maximum une énergie décarbonée – le nucléaire, pour produire l’électricité. Parallèlement, nous avons pu très rapidement développer notre réseau électrique, qui est un réseau dense et très interconnecté avec les pays d’Europe. Enfin, nous bénéficions aujourd’hui d’un potentiel immense en matière d’exploitation des énergies renouvelables (notamment éolien et solaire), de par notre situation géographique.

Nous partons donc avec d’énormes atouts en matière de transition énergétique du réseau électrique européen. Et c’est précisément pour cela que la France doit être moteur de cette transition énergétique.

Pour cela, il faut continuer à développer la capacité d’interconnexions, mais aussi développer au maximum les énergies renouvelables, sans pour autant délaisser le nucléaire. Pourquoi ? L’enjeu pour nous est de satisfaire un besoin de consommation d’électricité qui dépasse les besoins des consommateurs sur le sol français. Notons aussi que dans notre cas, le nucléaire est un réel un atout économique.

« Il faut continuer à développer la capacité d’interconnexions, mais aussi développer au maximum des énergies renouvelables, sans pour autant délaisser le nucléaire. »

Je pense enfin qu’en France (tout comme en Europe) il faut inviter les acteurs privés à financer le développement des énergies renouvelables. Il me semble stupide de faire peser cette pression sur le contribuable, surtout quand on sait qu’il y a une demande importante de la part des industries et des entreprises en Europe.

En clair, si la France est maline, elle s’enrichira en aidant les consommateurs européens.

Que faudrait-il selon vous pour que l’Europe en finisse avec les énergies fossiles ?

Je pense qu’il n’y a pas de solution miracle : ni la sobriété énergétique, ni le nucléaire, ni les énergies renouvelables ne pourront individuellement donner des résultats probants. Je pense que la clé se trouve dans le fait de pousser au maximum l’ensemble de ces solutions. Oui, il faut favoriser la sobriété énergétique et oui, il faut transférer l’usage des énergies fossiles vers les énergies décarbonées (renouvelables et nucléaire) … Ce qui sous-entend qu’il faut mettre fin le plus rapidement possible à l’utilisation du charbon !

en finir avec les énergies fossiles en europe

Je pense qu’il s’agit aussi d’un sujet politique et pas seulement technologique : à mon sens il existe encore un réel problème d’acceptation. Pour y remédier, il faut impliquer au maximum les acteurs économiques. Je pense notamment aux entreprises qui doivent faire le choix de favoriser les énergies renouvelables (ou à minima décarbonées). Par ailleurs, en plus d’être impliquées dans cette transition énergétique, cela leur permet de communiquer sur des valeurs de plus en plus ancrées dans notre société. Faute de cette implication de la part des entreprises, il faut que ce soit leurs clients eux-mêmes qui décident d’arrêter de consommer leurs produits et services.

Certes c’est un système volontaire, mais qui doit s’accompagner d’une pression sociale.

Que faudrait-il pour booster cette transition énergétique du mix électrique en Europe ?

Tout d’abord, il est important de rappeler que l’utilisation d’électricité verte en Europe n’a cessé d’augmenter ces dernières années, ce qui est une bonne chose. Ce qui pose problème à l’heure actuelle, c’est la vitesse à laquelle la demande augmente.

Il est intéressant de noter que l’on parle ici d’une croissance volontaire : les utilisateurs font le choix intentionnel de payer pour avoir de l’énergie de source renouvelable. Cette croissance s’est faite malgré maintes polémiques, amenées par des politiciens, des pros nucléaires dogmatiques, ou même d’ONG qui, sous couvert d’avoir un discours écologique, crient au greenwashing à la moindre solution qui n’émane pas d’elles.

C’est donc une belle performance !

« Il y a un effort considérable qui pourrait être fait via l’augmentation de la traçabilité de l’électricité. »

Aujourd’hui il y a un effort considérable qui pourrait être fait de la part des pouvoirs publics, via l’augmentation de plus en plus élégante de la traçabilité de l’électricité utilisée. En France par exemple, cela passe par l’instauration de la traçabilité intégrale : il s’agit de l’obligation de tracer chaque MWh par une Garantie d’Origine (GO), peu importe qu’elle soit renouvelable, nucléaire ou thermique.

Ce mécanisme appelle à une action explicite de la part des utilisateurs, ce qui fait toute la différence par rapport au choix par défaut d’un mix carboné. Il est temps d’arrêter de faire semblant que ce n’est pas exprès.

Un autre point à évoquer pour favoriser la transition énergétique européenne ?

Oui, j’aimerais soulever un autre point extrêmement important. Aujourd’hui il n’existe pas encore de point réglementaire clair entre la traçabilité de l’énergie utilisée et l’empreinte carbone. En réalité c’est le cas, mais sous couvert de soft regulation : il existe des organismes qui proposent une empreinte carbone associée à l’origine de l’électricité utilisée, mais cette empreinte carbone n’est pas inscrite dans les textes… Et c’est un problème pour les entreprises qui souhaitent réduire leur empreinte carbone. A l’international la problématique est atténuée par le fait que de nombreux pays sont alignés avec les normes internationales proposées par le GHG Protocole.

En France en revanche, il y a clairement un gros problème qui émane de l’ADEME (l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) qui propose une méthodologie de calcul de l’empreinte carbone contradictoire avec les normes internationales. C’est clairement un frein à l’action des entreprises françaises. Cela bloque ainsi une part des efforts déployés pour faire avancer la transition énergétique européenne.

le mécanisme de traçabilité comme vecteur de la transition énergétique

Pensez-vous que les consommateurs français sont suffisamment informés aujourd’hui sur les mécanismes de traçabilité ?

Je pense qu’en France – comme partout dans le monde – nous sommes confrontés à une multitude de messages diffusés par les médias, quels qu’ils soient. Je pense donc que nous sommes tous au moins sensibilisés. En revanche, si vous me demandez si l’information est de qualité, j’aurais plus de mal à vous répondre… Je tiens d’ailleurs à souligner que si l’on n’est pas correctement informés sur les solutions qui s’offrent à nous, il est forcément difficile d’agir.

Aujourd’hui, il y a effectivement tout un panel de solutions pragmatiques et simples que chacun devrait connaître et mettre en place. Parmi elles – celle de faire le choix de tracer son électricité avec des énergies renouvelables avec des Garanties d’Origine.

Voilà une belle solution pour agir en faveur de la transition énergétique !

Qu’est-ce que vous répondriez à quelqu’un qui se positionne contre le développement des énergies renouvelables (EnR) ?

Une personne persuadée que le renouvelable ne présente aucun intérêt trouvera toujours une raison qui la confortera dans sa position… Ce qui laisse peu de place à l’argumentation. C’est pourquoi je ne chercherais pas à convaincre cette personne.

Il n’y a pas de justification rationnelle à être contre le développement des énergies renouvelables hormis celle ne pas être soucieux.se de l’avenir de l’humanité.

Par quelles actions Origo s’engage-t-elle dans la transition énergétique ?

Rappelons tout d’abord que la seule et unique activité d’Origo aujourd’hui est de convaincre de la nécessité de s’engager dans la transition énergétique via l’utilisation de Garanties d’Origine. L’effort commercial et les efforts de développement de cette activité sont donc directement liés à cette finalité. L’enjeu pour nous étant de se développer et de se faire entendre au maximum…

Par ailleurs, nous croyons au fait qu’il faille réduire de manière volontaire son empreinte carbone. C’est donc tout naturellement que nous mettons en place des actions pour atteindre la neutralité carbone et compenser notre empreinte résiduelle.

A cela s’ajoutent tous les écogestes du quotidien que l’équipe a adopté, que ce soit en matière de consommation, de déplacements, etc.

origo accompagne les collectivités et entreprises dans leur démarche de consommation renouvelable

Y a-t-il des évolutions, de nouveaux produits ou services à venir chez Origo dans les prochains mois / années à venir ?

La priorité pour nous est de continuer à faire ce pourquoi nous existons, c’est-à-dire proposer de l’électricité d’origine renouvelable.

Mais cette interview est aussi l’occasion pour moi de vous annoncer que nous proposons désormais des solutions relatives au gaz et à la compensation carbone avec l’appui de partenaires.

Le mot de la fin ?

Le mot de la fin va être assez simple et direct : en France, il faut arrêter de tourner autour du pot. En plus de bloquer la transition énergétique du réseau électrique européen, nous gâchons des opportunités économiques majeures.

« Il faut arrêter de tourner autour du pot. »

Il faut réaliser que la chose la plus simple que nous ayons à faire, c’est d’utiliser un maximum de Garanties d’Origine françaises et d’arrêter de les exporter en Europe. Il faut laisser les consommateurs européens trouver d’autres solutions que celle de tracer leur électricité via des moyens de production renouvelables français.

Un mot sur QuiEstVert, dont Origo fait partie. C’est une superbe association à laquelle il faut adhérer, et qui propose un travail de pédagogie important – et nécessaire ! – sur cette démarche qu’est la consommation volontaire d’électricité de source renouvelable.

 

Retrouvez les interviews des autres membres de QuiEstVert :
▪️ Rodolphe Schennen  – Managing Director chez Commerg
▪️ José Caballero – Directeur Général Adjoint chez Mint
▪️ Julien Tchernia – PDG et fondateur chez ekWateur
▪️ Antoine Garcier – Directeur Général chez ENERGIE D’ICI
▪️ Albert Codinach – CEO de Planète Oui
▪️ Aurélien Barbier – Responsable Valorisation Énergétique chez Green-Access
▪️ Diana Piccioli – Directrice Marketing et Communication chez Nvalue

Photo by Jeroen van de Water ; Abby AnadayMarkus Spiske

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