Les enjeux de la transition énergétique du mix électrique [3/4] – Les risques de l’énergie

par | Oct 28, 2019 | Dossier intérêt des EnR, Electricité Verte

Les enjeux de la transition énergétique du mix électrique

L’indépendance énergétique

Le changement climatique

Les risques liés à la production d’électricité

L’essor économique des énergies renouvelables

Quels sont les enjeux de la transition énergétique aujourd’hui ? Les énergies renouvelables améliorent les cinq piliers du développement durable à savoir le social, l’environnemental, l’économique, la politique et la géopolitique. Les énergies renouvelables représentent plus d’indépendance énergétique et moins de pollution, mais sont aussi une industrie moins dangereuse pour l’homme. Dans ce dossier composé de quatre parties, nous verrons plus précisément les enjeux d’une transition énergétique du mix du réseau électrique européen. Dans ce troisième volet il est question des risques pour les populations humaines qui sont inhérents à l’extraction des matières nécessaires à la production d’électricité ainsi que de l’exploitation des centrales. 

Bilan humain lié aux principales sources d’énergie dans le monde

Dans son rapport sur les risques d’accidents des filières énergétiques de 1969 à 2000, l’OCDE fait une étude comparative du nombre d’accidents et de décès causés par les différentes sources d’énergie. Celui-ci se base sur les données de l’Institut Paul Schaerrer (IPS). Cette étude recense le nombre d’accidents et de décès immédiats par source d’énergie.

Ces chiffres ne tiennent compte que des décès causés par l’accident et non ceux causés chroniquement. Par exemple, l’étude ne donne que des statistiques liées à l’accident de Tchernobyl et ne comptabilise pas, notamment, les décès par irradiation.

Bilan humain : nombre d’accidents et de décès de 1969 à 2000

Recensement des accidents grave survenus selon les différentes sources d'énergies

Source : Évaluation de risques d’accidents nucléaires comparés à ceux d’autres filières énergétiques, OCDE

Il apparaît que les énergies fossiles provoquent plus d’accidents et de décès que les autres sources d’énergie. Ainsi, plus de 65% des accidents résultaient des énergies fossiles avec le charbon en tête. Sur la période référencée, celui-ci a été responsable de 1119 accidents, soit près des deux tiers des accidents causés par les énergies fossiles. Il y a également une grande différence entre les pays membres de l’OCDE, c’est-à-dire les pays les plus développés économiquement, et les autres. La Chine se distingue ainsi par le taux de mortalité lié à son activité charbonnière.

“Les énergies fossiles provoquent plus d’accidents et de décès que les autres sources d’énergie.”

En faisant une analyse par nombre de décès, le charbon, le pétrole et l’hydraulique ont été les principales causes de pertes de vies. Si l’hydraulique figure en tête, c’est en raison de l’importance de l’impact de la rupture du barrage de Banqio/Shimantan en 1975 en Chine ayant causé la mort de 26000 personnes environ selon cette étude.

Si cette étude permet de quantifier le risque industriel du secteur de l’énergie, elle ne permet pas de connaître le rapport entre le nombre de décès et le volume de production d’électricité. En effet, pour se faire une meilleure idée des risques, il faut savoir combien d’énergie est produite par filière pour ensuite évaluer un taux de mortalité par rapport à celui-ci.

L’étude suivante permet de se faire une idée.

Le rapport ExternE dresse un bilan de l’impact sur la santé et la sécurité de l’homme qu’entraîne l’usage de différentes sources d’énergies pour la production de l’électricité. Ce rapport porte sur les 28 pays de l’UE et utilise les données de production d’électricité de 2014. Il souligne que pour une même quantité d’électricité produite, les effets sur la santé et la sécurité diffèrent d’une source à une autre. Le pétrole ne représentant qu’une part infime du mix énergétique nécessaire à la production d’électricité, retenons que le charbon se démarque ici aussi particulièrement par sa nocivité.

Décès annuels estimés en 2014 par source de production d’électricité

  TWh Mort par TWh Morts
Charbon 779,06 24,5 19 087
Gaz 461,4 2,8 1 292
Pétrole 69,81 18,4 1 285
Biomasse 168,53 4,63 780
Nucléaire 830,95 0,074 61

Source : Impact sur la santé des filières de production d’énergie, version 2017

L’étude donne également le nombre d’années de vie perdues par GWh produit :

Années de vie perdues par GWh

  Charbon Pétrole Gaz Nucléaire
Années de vie perdues par GWh 0,35 2,2 0,1 0,02

Source : Impact sur la santé des filières de production d’énergie, version 2017

Malheureusement, ces études ne permettent pas d’évaluer le risque des nouvelles énergies renouvelables, notamment l’éolien et le photovoltaïque qui se sont fortement développées ces dernières années. Nous pouvons noter néanmoins, qu’uniquement sur la base des accidents et sans compter sur son effet néfaste sur le réchauffement climatique, que les différentes industries fossiles sont nettement plus risquées pour l’être humain que le nucléaire. Cette constatation doit néanmoins prendre acte du fait que les effets de l’accident de Fukushima du 11 mars 2011 ne sont pas inclus dans l’étude.

Une étude plus récente, publiée en 2015, par le Paul Scherrer Institut, permet de comparer les risques associés aux différentes filières énergétiques et ceux en incluant l’impact du réchauffement climatique. Elle se base sur les événements ayant eu lieu de 1970 à 2008, ce qui permet d’avoir un historique important tout en restant dans une réalité suffisamment récente pour prendre en compte l’évolution des normes et pratiques dans le monde industriel.

L’étude dresse un bilan sur la santé humaine liée à un déroulement normal des opérations de production d’électricité et aux accidents industriels. Elle analyse également les risques associés à la menace terroriste. Elle note que l’essentiel des risques concernant les énergies fossiles sont en amont de la production d’électricité en raison, notamment, de l’extraction minière alors que pour les filières nucléaire et hydraulique, l’essentiel des risques est inhérent à la production d’électricité sur le site.

“[…] l’essentiel des risques concernant les énergies fossiles sont en amont de la production d’électricité en raison, notamment, de l’extraction minière […]”

Concernant les risques industriels, l’étude compare différentes filières énergétiques selon le nombre de décès moyen par GWh produit et fait état des effets les plus graves en cas d’accident. Ces chiffres prennent en compte l’ensemble de la chaîne de valeur, l’exploration et l’extraction de matières premières (upstream), la transformation des matériaux en produit final, les activités de transport et de stockage, la production d’électricité et de chaleur et enfin le traitement des déchets (downstream).

A partir du tableau ci-dessous, nous pouvons comparer les filières en fonction de leur risque et dangerosité. Attention à bien noter que l’échelle de ce graphe est logarithmique. Le charbon tue un peu moins de 0.001 personne par GWh produit en Chine, soit environ 1000 fois plus que dans l’OCDE où il tue un peu plus de 0.00001 personne par GWh. La filière la plus risquée pour les populations humaines est celle du charbon. Le pétrole présente sur ce graphe d’importants risques aussi. Il faut cependant rappeler que le pétrole est peu utilisé pour produire de l’énergie électrique. L’hydraulique apparait également comme à haut risque, ce qui est en ligne avec les études présentées précédemment. Néanmoins, dans les pays de l’OCDE, cette dernière apparait comme beaucoup moins risquée. Enfin, le nucléaire semble comparable à l’hydraulique en termes de risque. Le nucléaire de troisième génération semble même bien plus sûr. Il faut tout de même rappeler qu’il y a à ce jour encore peu de réacteurs de 3ème génération en opération et que leur mise en service est encore récente ou à venir. Par ailleurs, concernant l’hydraulique, seuls les réservoirs apparaissent, ce qui laisse de côté l’hydraulique au fil de l’eau. Les installations hydrauliques au fil de l’eau, telles que les barrages le long du Rhône par exemple, représentent des risques moins importants que les barrages de montagne appelés réservoirs. Enfin, il est nécessaire de rappeler ici que l’hydraulique et le nucléaire ont en commun de présenter le danger d’un accident majeur sur site. La fréquence de tels événements est faible donc le rapport de morts par GWh produit doit être étudié avec un certain recul. Les filières fossiles, et le charbon en particulier, portent des risques importants en amont de la production. Les conséquences par événement sont potentiellement moins importantes mais les accidents sont beaucoup plus fréquents et leur cumul rend celles-ci beaucoup plus nocives. L’ensemble des filières renouvelables dites nouvelles (hors réservoirs hydrauliques) est de manière évidente moins risquée que les filières fossiles.

Accident selon les différentes sources d'énergies

Fig. 4. Severe accident fatality rates and maximum consequences (black points) assessed for selected electricity supply technologies with the associated energy chains.

L’étude est bien plus complète que le tableau présenté ici. En effet, il est observé qu’à court et moyen terme, l’impact du réchauffement climatique et la génération d’autres particules sont les causes majeures de mortalité et qu’à plus long terme, les effets sur les nappes phréatiques deviennent prépondérants.

En conclusion, il apparait ici que les énergies renouvelables sont moins risquées que les énergies fossiles. Le cas de l’hydraulique est particulier car il y a une forte différence entre les pays de l’OCDE où il est peu risqué et les pays hors OCDE où quelques événements dont particulièrement celui de Banqaio/Shinantan en Chine, remontent fortement les statistiques de victimes liées à des accidents. Enfin, nous devons souligner que si certains événements liés au nucléaire ont défrayé la chronique, historiquement et statistiquement cette filière se montre relativement peu risquée par rapport à la filière fossile (charbon, pétrole, gaz).

Les effets nocifs de l’industrie charbonnière en Europe

Du fait que la filière charbon se démarque par son niveau de risque, nous vous proposons un complément d’information sur cette filière. En effet, l’exploitation de la mine de charbon n’est pas seulement nocive pour les travailleurs et les populations voisines des sites industriels. Ces combustibles émettent beaucoup de gaz qui, outre leur impact sur le climat, ont un impact non négligeable sur la santé des populations humaines.

En Europe, on dénombre 280 centrales thermiques, qui ont entraîné plus de 22900 décès en 2013 selon une étude menée par les organisations Sandbag, Heal, CAN et WWF, ce qui est comparable aux 25300 décès annuels causés par les accidents de route dans l’UE. (l’Allemagne par exemple) en grandes quantités et propagées dans l’air des autres pays.

Les centrales de production électrique à partir du charbon polluent

Figure : Les décès dus à la pollution du charbon en France – Source : Europe’s dark cloud

Les craintes associées à l’énergie nucléaire

La France possède aujourd’hui 56 réacteurs nucléaires (suite à la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim), derrière les États-Unis qui en possèdent 99. Si cette industrie n’apparait pas comme la plus risquée, elle est une source d’angoisse dans notre pays. Il est donc important d’apporter quelques éléments de compréhension concernant cette source d’énergie.

Photo d'une centrale nucléaire

Centrale nucléaire en France – Photo par luctheo

Il faut faire la distinction entre risque et danger.

En science, la notion de risque est associée à la multiplication d’une probabilité et d’une conséquence (danger) mesurable.

Un danger dont la gravité peut être importante peut avoir une probabilité d’occurrence très faible. Dans ce cas, l’inquiétude devrait être limitée. Mais sait-on vraiment calculer cette probabilité ? C’est tout le problème des accidents dont la fréquence est très faible. Nous n’avons alors pas beaucoup d’éléments pour étudier la probabilité qu’ils arrivent de nouveau, notamment parce qu’il est difficile d’en déterminer exhaustivement les causes.

C’est pour cette raison que le principe de précaution a sa raison d’être. Ce principe expose que, malgré l’absence de certitude à un moment donné, dû à un manque de connaissances techniques, scientifiques ou économiques, il convient de prendre des mesures anticipatives de gestion de risques à l’égard des dommages potentiels sur l’environnement et la santé. Néanmoins, ce principe s’applique davantage à de nouvelles technologies (nanotechnologies, ondes émises par les téléphones portables) ou biotechnologies (OGM), dont les conséquences ne sont pas encore connues.

“[…] malgré l’absence de certitude à un moment donné, dû à un manque de connaissances techniques, scientifiques ou économiques, il convient de prendre des mesures anticipatives de gestion de risques à l’égard des dommages potentiels sur l’environnement et la santé […]”

Dans ce cas que dire du nucléaire ? Quels sont les dangers et sait-on avec des moyens fiables déterminer si un accident a des chances raisonnables d’avoir lieu ? Même si les accidents majeurs sont rares, il y a suffisamment d’évènements concernant le nucléaire pour rendre le risque d’accident probabilisable et les dommages mesurables. Il est donc préférable d’avoir plutôt une approche de prévention que de précaution. Concernant la gestion du risque d’accident, la démarche de prévention en France et celle dite de « défense en profondeur » qui est décrite par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Il y a essentiellement deux dangers. Le premier est celui d’un accident majeur sur une centrale nucléaire et le deuxième est la contamination par les déchets radioactifs, dont ceux liés au démantèlement des centrales. Le premier danger est traité par les études présentées précédemment.

Il apparait qu’au regard des événements passés, la filière nucléaire n’est pas la plus nocive pour les populations. Mais au vu de la faible occurrence de tels événements et de l’angoisse générée par cette industrie il semble important de creuser un peu plus le sujet. Nous vous proposons donc un focus sur ces deux aspects.

Focus sur les accidents majeurs sur des centrales nucléaires.

L’histoire du nucléaire civil est marquée par quatre accidents majeurs. Celui de Kychtym en URSS en 1957, celui de Three Mile Islande-Pennsylvanie aux USA qui s’est produit en 1979, celui de Tchernobyl en Ukraine (URSS) en 1986 et le tout récent de Fukushima en 2011 au Japon.

L’échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques dite INES a été mise en place en 1990 suite à l’accident de Tchernobyl. Il classe l’accident de Tchernobyl et celui de Fukushima au niveau 7, soit le niveau maximal et celui de Kychtym au niveau 6 (dont il faut rappeler qu’il a eu lieu sur un complexe militaro-industriel, ce qui en fait un cas à part). Celui de Three Miles Islands n’a pas eu de conséquences sanitaires majeures observables. Les trois autres accidents sont ceux qui ont eu des effets catastrophiques sur les populations. Nous vous proposons de nous arrêter sur les deux classés niveau 7 : Tchernobyl et Fukushima.

Échelle de gravité des accidents du nucléaire

Echelle de gravité des accident nucléaire

Source : Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)

Tchernobyl (URSS – 1986)

L’accident de Tchernobyl est la plus grande catastrophe que l’industrie nucléaire ait causée.  Les explosions des réacteurs ont laissé dans l’atmosphère des déchets radioactifs équivalant à 200 fois la radioactivité générée par la bombe lancée en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki. L’accident s’est étendu sur un rayon très vaste. Ainsi, l’Ukraine, la Russie, la Biélorussie et certains pays européens ont subi les conséquences de cet évènement.

Photo du réacteur de la centrale nucléaire de tchernobyl après l'accident

 Photo de Tchernobyl après la catastrophe prise en 1986

En 2006, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a fait un rapport donnant des ordres de grandeur des décès et contaminations dus aux radiations de 1986 à 2065. Selon l’agence, il est estimé que l’accident de Tchernobyl, qui a causé 31 décès liés à l’explosion et aux opérations menées directement après, sera responsable de 16 000 décès liés à différents cancers d’ici 2065. A noter que cette estimation pourrait être considérée comme élevée par la communauté scientifique en raison de l.

Par ailleurs, le déplacement des populations ou l’impact psychologique lié à la crainte d’être contaminé, a eu des impacts multiples pouvant aller jusqu’aux décès prématurés. Enfin, la perte d’une portion importante du territoire a un coût socio-économique lourd pour l’actuelle Ukraine.

Fukushima (2011 – Japon)

Le Japon reconnait la mort d’un employé directement imputable à la catastrophe. Cette personne a été exposée à de fortes radiations et est décédée d’un cancer peu de temps après. Le risque d’une relation de cause à effet est suffisamment important pour justifier sa reconnaissance. Outre ce cas, d’après l’OMS, les doses d’irradiations émises n’auront finalement pas été suffisamment importantes pour créer un risque significatif de cancer au sein de la population exposée.

Néanmoins les conséquences pour la population locale de cette catastrophe sont importantes. Dans une note dédiée, l’OMS déclare « On a signalé une nette augmentation de la mortalité chez les personnes âgées qui avaient été placées dans des logements provisoires, ainsi qu’un risque accru de maladies non transmissibles telles que le diabète et des problèmes de santé mentale. Le manque d’accès aux soins de santé a contribué à la détérioration de la santé. ». L’IRSN propose une analyse sur le sort des évacués et les conséquences sociales de l’accident. Le rapport fait état d’environ 160 000 personnes déplacées suite à l’association de deux catastrophes, à savoir le tsunami et l’explosion de la centrale nucléaire. Cette augmentation de la mortalité déplorée par l’OMS reste difficile à chiffrer.

Différentes études existent pour évaluer les conséquences sociales de cette catastrophe. En voici deux qui sont choisies à titre d’illustration. Elles sont choisies afin de donner une idée de l’éventail des conséquences en sachant que bien d’autres effets ont été analysés.

Une étude parue dans le US National Library of Medicine National Institutes of Health analyse le lien entre le taux de suicide et l’accident. La hausse de leur taux de suicide montre que les personnes âgées ont particulièrement souffert des opérations d’évacuation. Les résultats montrent aussi que, paradoxalement, ce taux a baissé pour la population masculine adulte (entre 30 et 69 ans) juste après l’événement, même si ce taux est monté par la suite au-delà du taux d’avant la catastrophe.

“Une catastrophe comme celle de Fukushima a des impacts très divers qui ne sont pas faciles à chiffrer. Il apparait néanmoins que les impacts significatifs sont davantage liés aux décisions rapides qui sont prises en temps de crise […]”

Une autre étude d’un organisme privé américain de recherche scientifique dédié principalement aux questions économiques, le NBER, questionne par exemple l’emploi abusif du principe de précaution au Japon. En effet, suite à la catastrophe, l’intégralité des centrales nucléaires a été immédiatement arrêtée. Or celles-ci produisaient 30% de l’électricité du pays. A savoir que ces centrales ont été redémarrées par la suite. Cette mesure a fait exploser le prix de l’électricité résultant à une précarisation des plus démunis et au décès de plusieurs milliers de personnes selon cette étude. Cet article résume la problématique à un emploi abusif du principe de précaution. Il est possible de se demander s’il s’agit réellement d’une application de ce principe. Ceci-dit, on peut aussi se demander si en temps de crise, un gouvernement ne cherche pas avant tout à se protéger de tout reproche. En particulier au sein d’une démocratie. Dès lors, ces conséquences indirectes font partie d’une réaction en chaîne ayant pour cause la catastrophe. Il est logique de les prendre en considération.

Une catastrophe comme celle de Fukushima a des impacts très divers qui ne sont pas faciles à chiffrer. Il apparait néanmoins que les impacts significatifs sont davantage liés aux décisions rapides qui sont prises en temps de crise. A noter que ces décisions sont jugées à posteriori et qu’une catastrophe amène presque obligatoirement à de telles décisions. Il faut donc les prendre en compte lorsque qu’une industrie peut engendrer de tels événements.

Alors que dire sur la situation en France qui recense 56 réacteurs sur son sol ?

Si le risque zéro n’existe pas il y a quand même des éléments rassurants à avoir en tête avec notamment une idée reçue à relativiser : les centrales vieillissantes ne présentent pas automatiquement de plus en plus de risques.

Le tableau ci-dessous énumère le nombre d’événements significatifs de sûreté (ESS) transmis à l’ASN (Agence de Sureté Nucléaire) recensés selon l’âge des réacteurs. Attention, un ESS n’est pas un événement grave. Les déclarations d’incidents sont fréquentes par souci de transparence sur la gestion des centrales. Elles ne présentent pas de danger pour les populations ni pour les personnes travaillant sur le site. En France, seuls deux événements de niveau 4 (dangereux sur site mais pas pour les populations environnantes) ont eu lieu, en 1969 et 1981 sur le site désormais hors service de Saint-Laurent. Les ESS permettent d’anticiper le caractère risqué d’une centrale si la répétition et la gravité tend à augmenter. L’historique du parc français permet d’observer les statistiques sur 38 ans.

L'âge d'un réacteur nucléaire ne détermine pas son niveau de risque

Nous pouvons observer que les centrales vieillissantes ne sont pas automatiquement celles qui déclarent le plus d’anomalies. Cela indique qu’elles ne sont pas forcément les plus risquées. Donc il ne faut pas forcément fermer les centrales nucléaires à marche forcée, surtout quand celles-ci contribuent jour après jours à produire de l’électricité décarbonée.

Focus sur le traitement et le stockage des déchets nucléaires.

Outre le risque d’accident, les centrales nucléaires génèrent des éléments radioactifs qui sont sources de craintes pour l’environnement et la santé des populations humaines. Ces craintes sont essentiellement liées à la gestion des déchets nucléaires.

Il y a déchets et déchets…

En France, environ 2 kg de déchets radioactifs sont produits par an et par habitant pour toutes les activités nucléaires (production d’électricité, recherche, médecine ou industrie). La majorité d’entre eux (85% des déchets radioactifs) sont des déchets provenant de l’activité des centrales nucléaires et donc de la production d’électricité. A titre de comparaison, un habitant est responsable de 2,5 tonnes de déchets industriels et 6 tonnes de CO2.

C’est l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) qui s’occupe de la gestion des déchets radioactifs. De 2003 à 2018, ce sont 449 624 colis, soit 376 153 m3 de déchets nucléaires qui ont été stockés. L’ANDRA signale qu’en 2018, 57,9% de capacité de stockage ont été atteint.

Comment se passe le stockage des déchets radioactifs

Les déchets nucléaires sont classés selon leur niveau de radioactivité et la durée de vie de celle-ci.

Durée de radioactivité des déchets nucléaires dans le temps et selon leur nature

Source : ANDRA ; « Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs : 2013-2015 », 2017 

Les déchets à faible activité (TFA et FA) sont entreposés soit sur les sites des installations qui les ont générés, soit dans des centres de stockage. Ces déchets sont notamment constitués de béton ou d’acier et de matériel ayant été exposés aux radiations mais à faible dose.

Centre de stockage de déchets radioactifs dans l'Aube en France

Le Centre de stockage de l’Aube pour les déchets de faible et moyenne activité à vie courte est en exploitation depuis le 13 janvier 1992
Photo CYRIL ENTZMANN/DIVERGENCE

Le principal centre de stockage est celui de Morvilliers, d’une capacité totale de 650 000 mètres cubes qui arrivera à saturation d’ici 2030. Pour autant, la hausse de la production de déchets est significative. Néanmoins, il est utile de préciser que la grande masse de déchets radioactifs (97%) ne sont que faiblement dangereux pour la santé des populations humaines.

La vie d’un déchet nucléaire hautement radioactif.

Les déchets à haute activité (HA) et moyenne activité vie longue (MA-VL), c’est-à-dire les plus dangereux, représentent 3,1% du volume mais 99,8% de la radioactivité cumulée. Ce sont eux qui nécessitent une attention particulière. Ce sont notamment ces déchets qui peuvent maintenir une radioactivité très forte pendant des siècles.

Comment sont-ils constitués ?

L’uranium 235 est le plus utilisé des combustibles pour produire de l’électricité en dégageant de la chaleur par fission nucléaire. Les barres d’uranium sont en fait composées à 96,5% d’uranium 238 et seul 3,5% est de l’uranium 235 enrichi et fortement radioactif. Après quelques années, le combustible est usé et devient inutilisable car la part d’uranium 235 devient trop faible. Si l’uranium 238 reste intact, la fission du l’uranium 235 aura lui engendré différents produits, tous très radioactifs, des produits de fission, du plutonium et des actinides mineurs. L’essentiel de la masse restante (95%), composé d’uranium 238 et d’une faible part d’uranium 235 est entreposé car elle constitue un combustible potentiel pour des centrales de prochaine génération. Le reste est retraité dans l’usine Areva de la Hague et partiellement valorisé à l’usine de Marcoule dans le Gard. Le plutonium extrait permet de produire du combustible pour des centrales nucléaires, le MOX. Le reste est considéré comme des déchets hautement radioactifs. Ils sont vitrifiés pour les rendre moins contaminants.

Ces déchets vitrifiés augmentant, il est devenu important de trouver une solution pour les stocker en lieu sûr, à défaut de pouvoir réduire leur dangerosité. La mise en service du Cigéo, un centre d’enfouissement à 500 mètres sous la commune de Bure dans la Meuse est en cours de préparation. L’ensemble des déchets HA et MA-VL pourront y être stockés. Cependant celui-ci rencontre des difficultés quant à son acceptation par les populations environnantes.

Exemple d'un colis de déchet nucléaire vérifié

Écorché (maquette) d’un colis standard de déchets vitrifiés – ANDRA

A propos du démantèlement des centrales et des déchets qui en découlent

Il existe actuellement 36 installations en cours de démantèlement en France. Parmi elles, la centrale de Chooz est actuellement dans ce processus. Elle ressemble à la centrale de Fessenheim même si plus petite. Il s’agit d’opérations coûteuses en raison de l’application d’une réglementation très stricte. La Cour des comptes recommande même un allongement de 15 ans dans la feuille de route de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE)  en raison de la hausse du coût de ces opérations.

“Le dilemme de démantèlement est celui du coût économique de l’application de politiques contraignantes liées à la gestion des déchets massifs inhérents aux opérations de démantèlement.”

A propos des déchets liés au démantèlement de centrales, un problème qui se pose est celui de la masse de déchets produite. L’actuelle gestion des déchets exclut toute « libération » de déchets à partir du moment où ils sont susceptibles d’être radioactifs. Nous parlons ici de déchets dits de très faible radioactivité (TFA) qui sont notamment entreposés au centre de stockage de Cires. Le CEA pose donc la question de revoir la règlementation en vigueur concernant ces déchets.

Le dilemme de démantèlement est celui du coût économique de l’application de politiques contraignantes liées à la gestion des déchets massifs inhérents aux opérations de démantèlement. En clair, une grande partie des déchets ne présentent pas de risque ni même de danger bien identifié pour la santé humaine ou l’environnement, mais il est jugé préférable d’appliquer des mesures de sécurité au cas où. La question est : combien notre société est-elle prête à payer pour cela ? En effet, dans la mesure où il est possible de mesurer la radioactivité des déchets, il serait possible de considérer comme radioactifs uniquement les déchets dépassant un certain seuil. Il faut rappeler ici que la radioactivité est présente naturellement dans notre environnement et qu’elle ne présente un danger pour l’homme qu’à partir du moment où elle dépasse certains seuils.

En conclusion

Les risques de l’industrie électrique sont inégaux selon les filières énergétiques choisies.

Il apparait unanimement que la filière charbonnière est particulièrement nocive pour l’être humain. Celle-ci représentant encore une des principales sources d’énergies utilisées pour produire de l’électricité en Europe et dans le monde, il est urgent d’œuvrer pour son remplacement.

A propos du nucléaire, qui est la principale source de production électrique en France, il faut bien distinguer la notion de risque de celle de danger. Le danger lié à un accident majeur sur une centrale peut avoir des effets graves. Il faut néanmoins relativiser la nocivité de cette filière au regard du faible nombre d’accidents majeurs ayant eu lieu. Nous pouvons retenir qu’il est important d’évaluer les risques des filières industrielles au regard des études réalisées, mais qu’il faut aussi admettre que nous ne pouvons pas avoir une vision exhaustive de ceux-ci. Mais ne devrait-on pas au moins identifier un danger pour l’appliquer ? Il apparait par exemple que la gestion des déchets faiblement radioactifs engendre des coûts liés à des angoisses qui ne sont même pas liées à la possibilité manifeste d’incidence sur la santé humaine ou sur l’environnement. Dans ce cas, quel prix la société doit-elle payer pour leur gestion ? Et surtout, dans la lutte contre le réchauffement climatique, qui est le danger aux conséquences les plus lourdes, doit-on accélérer la fermeture des centrales nucléaires alors même qu’elles contribuent à limiter les émissions de gaz à effet de serre ?

Les énergies renouvelables présentent un profil de risque relativement bas. Il faut souligner le cas particulier des barrages hydrauliques. Au sein de l’OCDE l’histoire permet de considérer cette filière comme relativement peu risquée. Néanmoins, c’est assez différent dans les pays en dehors de l’OCDE. A noter aussi l’impact négatif très important sur les statistiques de la filière entière dû à l’accident survenu sur le barrage chinois de Banqio/Shimantan en 1975.

Nous pouvons enfin conclure qu’au-delà de l’impact positif sur le réchauffement climatique, le développement des énergies renouvelables permet d’avoir des moyens de production moins risqués pour la population. Cela montre une fois de plus qu’il faut agir pour leur développement et la transition énergétique.

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