Position sur l’évolution souhaitable des Garanties d’origine

Nous nous trouvons actuellement dans la phase de consultation publique concernant la norme du GHG protocol relative à la traçabilité de l’électricité, plus précisément la norme dite « Scope 2 ». Celle-ci sera harmonisée avec les normes de l’ISO, qui a déjà retenu le GHG Protocol comme référence. Il est donc prévu qu’une norme commune au GHG Protocol et à l’ISO soit élaborée.
Cette consultation est l’occasion de dresser un état des lieux du marché des Garanties d’Origine(GO), de leur vocation et de ce qui serait souhaitable à court terme. Les thèmes abordés sont pertinents pour le débat sur une norme internationale, mais ils concernent également les réglementations européennes. C’est dans ce cadre que nous avons rédigé une position de QuiEstVert sur l’évolution souhaitable des mécanismes des Certificats d’Attributs Énergétiques(EAC).
Au sommaire du rapport :
- Remarques préliminaires sur la réalité physique, les marchés de l’électricité et la comptabilité carbone
- Les EAC : un mécanisme pour soutenir volontairement la transition énergétique
- Les EAC horaires : une fausse bonne idée
Remarque contextuelle : Dans cet article, deux termes proches sont utilisés de manière interchangeable. Les Energy Attribute Certificates (EACs) sont des instruments contractuels fournissant des informations sur une unité d’énergie, notamment son origine et les émissions liées à sa production et à son utilisation. Ce terme générique englobe les Garanties d’Origine (GOs), les Renewable Energy Certificates (RECs), les International RECs (I‑RECs), entre autres. Étant donné que l’article s’appuie largement sur le marché européen, la référence porte le plus souvent sur les Garanties d’Origine (GOs), équivalentes aux EACs mais spécifiques à l’Union européenne.
Remarques préliminaires sur la réalité physique, les marchés de l’électricité et la comptabilité carbone
Nous commençons par quelques remarques préliminaires, essentielles pour éclairer les fondements de notre raisonnement :
- Il n’existe pas de marché physique de l’électricité, mais des conventions fondées sur le principe de mass balance
- Les calculs d’émission de carbone actuels (location based et market based) sont des abstractions de la réalité physique, chacun présentant ses limites et ses utilités.
Dans un deuxième temps, nous montrons comment la Garantie d’Origine (GO) constitue un mécanisme clé, permettant aux acteurs économiques de s’engager volontairement dans la transition énergétique.
- Les EACs permettent un financement volontaire de la production d’électricité renouvelable, en complément des subventions publiques.

- Ils favorisent les investissements via des contrats d’achat d’électricité (PPAs) et améliorent l’acceptabilité sociale de la transition énergétique.

Critiques et propositions pour l’évolution du mécanisme
Dans un troisième temps, nous développons des propositions de modifications visant à renforcer l’efficacité des Garanties d’origine ; L’objectif de cette partie est d’explorer des pistes d’amélioration :
1. Matching annuel strict: Imposer une correspondance stricte entre la consommation et la production annuelle pour équilibrer le marché et générer des signaux de prix incitatifs.
2. Lien physique obligatoire : Exiger un lien physique entre le lieu d’utilisation des EAC et le lieu de production de l’électricité ayant permis leur émission. Ces mesures augmenteraient l’impact économique du mécanisme, mais aussi sa crédibilité, en renforçant la prise en compte de la réalité physique.
3. Objectifs clairs et suivi rigoureux : Définir des objectifs précis pour les EACs (réduction des émissions, stimulation des investissements) et évaluer leur impact par des organismes indépendants. Améliorer les règles ne suffit pas : elles doivent être appliquées systématiquement. Et surtout, il est compréhensible de dire que le mécanisme a eu un impact insuffisant. Néanmoins, cette critique a ses limites, car aucun objectif n’est clairement défini et personne n’en suit les progrès.
- Une communication plus transparente dans les rapports carbone: Plutôt que d’opposer les méthodes location-based et market-based, nous proposons une approche en deux volets :
- l’attribution de l’origine de l’électricité et de son facteur d’émission de CO₂ ;
- L’évaluation des actions concrètes (approche conséquentielle) menées par chaque organisation pour décarboner le système énergétique qu’elle utilise.Cette communication équilibrée permet de remettre la réalité physique au cœur du débat, tout en évitant les pièges d’une opposition stérile.

Les EAC horaires : une fausse bonne idée
Enfin, nous expliquons la proposition de passage à des Garanties d’Origine horaires, — c’est-à-dire faire correspondre la consommation électrique moyenne sur une heure à la production électrique moyenne sur cette même heure —, une orientation actuellement privilégiée par un groupe de travail formé par le GHG Protocol. Notre objectif est de démontrer, à travers des éléments argumentatifs, que cette proposition constitue une fausse bonne idée.
Pour étayer cette conclusion, nous développons deux axes principaux :
D’une part, nous expliquons pourquoi les GO horaires sont inefficaces et inadaptées. Leur mise en œuvre soulève des problèmes structurels majeurs :
- Incompatibilité avec les objectifs des EAC: L’objectif actuel des EAC n’est pas de contribuer à l’équilibrage du réseau : cette fonction est déjà assurée par le marché de l’électricité, structuré autour du concept de responsabilité d’équilibrage.

- Incapacité à générer des signaux de prix horaires significatifs : Les GO horaires ne peuvent pas, par nature, générer des prix horaires significatifs. Cette proposition repose sur une erreur fondamentale d’architecture de marché, pour deux raisons :
-
- Diminution de la demande : Le passage à des GO horaires avec des cibles flexibles (X % au lieu de 100 %) entraîne une baisse de la demande globale pour ces certificats.
- Risque de cherry-picking : Les EAC horaires ouvrent la possibilité pour le consommateur d’éviter tout effort financier en arbitrant, c’est-à-dire en pratiquant le cherry-picking : renoncer à l’achat des EAC nécessaires pour couvrir le volume d’électricité consommé dès que la tâche devient coûteuse ou complexe.

- Conséquences négatives pour la transition énergétique :– Fragmentation du marché des EAC ; – Détournement des budgets initialement destinés aux investissements dans les énergies renouvelables – Ralentissement de la transition énergétique.

D’autre part, nous approfondissons cette critique en analysant les fondements académiques des EAC horaires. Cette analyse révèle un corpus scientifique restreint et biaisé, marqué par :
- un manque de diversité et d’indépendance dans les contributions ;
- une influence prépondérante d’intérêts privés. Ces lacunes soulignent les risques majeurs d’une adoption prématurée de cette norme au niveau international, fondée sur des bases théoriques fragiles et partiales.
Transition énergétique : stop aux illusions, place aux solutions
Nous tenons à rappeler que la transition énergétique a besoin de solutions concrètes. Pour décarboner le réseau, il est essentiel de se concentrer sur ce qui fonctionne déjà : la responsabilité d’équilibrage, les quotas de CO₂ et les engagements long terme (PPA, EAC annuels).
La révision des normes ISO et du GHG Protocol constitue une opportunité majeure pour soutenir les engagements volontaires des entreprises et des consommateurs. Et en Europe, il est impératif que la règle du matching annuel strict soit imposée par la législation.
La transition énergétique est une urgence : nous n’avons pas de temps à perdre en fausses innovations.
Contexte de cette position : Cette prise de position est le fruit des réflexions menées lors de notre événement sur la granularité des Garanties d’Origine, qui s’est tenu le 15 octobre 2025 à Paris. Vous pouvez retrouver l’intégralité des interventions ici.
Nous invitons également à consulter notre réponse à la consultation du GHG Protocol (Scope 2) ici, ouverte jusqu’au 31 janvier 2026.
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