Éolien offshore : pour ou contre ? Parlons-en ! [2/2]

par | Déc 2, 2019 | Actualités

Dans notre dernier article Actualités, nous évoquions le vaste sujet de l’éolien offshore en France. Nous présentions notamment le potentiel de notre pays en la matière, les projets déjà amorcés et leurs avancements. Nous mettions également en lumière le retard de la France dans le domaine, et pour cause : les nombreuses batailles juridiques entre pro et anti éoliens. Dans cette seconde partie, nous avons donc voulu éclairer nos lanternes et exposer les arguments de chaque partie dans ce dossier complexe. Éolien offshore : pour ou contre ? Parlons-en !  

 

L’éolien offshore en France : rappel du contexte

Le saviez-vous (si vous avez lu le premier article de ce dossier, ce n’est pas du jeu) : la France est le 2ème gisement éolien offshore d’Europe avec un potentiel de production de 30 000 MW ! Et pourtant : notre pays est à la traîne avec seulement une éolienne offshore existante (2 MW de puissance) … Face à ce constat, le gouvernement français lançait, entre 2011 et 2013, deux appels d’offre pour la création de six parcs au large de la Normandie et la Bretagne. Plus récemment, en 2017, un 3ème appel d’offre était également lancé pour un projet d’envergure à Dunkerque.
Carte des différents projets éoliens offshore initiés en France
 

Parmi les projets les plus avancés, celui de Saint-Nazaire (mené par EDF Renouvelables), officiellement lancé le 14 juin dernier. Sept ans après son annonce, le projet verra donc le jour d’ici 2022, pour la fabrication de 80 éoliennes.

Parmi les projets initiés, celui des Iles d’Yeu et Noirmoutier, qui a obtenu tous les feux verts en mars dernier. Un chantier de 62 éoliennes qui devraient entrer en service d’ici 2021, mais qui divise sur de nombreux points.

  Nombre d’éoliennes Puissance par éolienne Puissance du parc Décrocheur
de l’appel d’offre
Saint – Nazaire 80 6 MW 480 MW EDF Renouvelables
Iles d’Yeu et de Noirmoutier 62 8 MW 496 MW Société Éoliennes en Mer Iles d’Yeu et de Noirmoutier (EMYN)

*Nb : pour illustrer les points qui seront développés ci-dessous, nous nous appuierons sur les cas de ces deux projets.

 

Éolien offshore : la question énergétique

« Les éoliennes ne produisent pas assez d’énergie »

On reproche souvent aux éoliennes d’être intermittentes (= ne tournent pas à plein régime, ni en continu), donc leur manque de rentabilité. Ces projets éoliens offshores d’envergure seraient trop coûteux pour l’énergie qu’ils permettent de produire.
 
👉 Tout d’abord, il faut savoir que les côtes bretonnes et normandes font partie des côtes les plus ventées de notre pays, avec un vent moyen de 8,2 mètres par seconde (contre 5 en moyenne dans les terres). Il est aussi important de souligner que les vents marins ne rencontrent pas autant d’obstacles que sur terre : ils sont plus soutenus et réguliers, ce qui rend les éoliennes offshores 1,6 fois plus productives que leurs cousines terrestres. Ainsi, le facteur de charge des éoliennes en mer s’élève à 40% contre 25 à 30% sur terre [1]. A titre d’exemple il a été estimé que les éoliennes du parc de Noirmoutier, tourneront à 90% du temps et fonctionneront à pleine puissance 40% de l’année.
👉 Notons enfin que, contrairement aux sources d’énergies non renouvelables (charbon, gaz, pétrole), l’éolien bénéficie d’un potentiel quasi illimité.

 

 « A quoi ça sert d’installer des éoliennes, si elles n’en font pas profiter les habitants locaux ? »

Le système d’injection et de redistribution de l’électricité via le réseau peut sembler flou pour certains. Comment se fait-il que les futures éoliennes maritimes ne couvrent pas directement les besoins en électricité de la zone ?
 
👉 De manière générale quand on parle de réseau d’électricité, il faut raisonner à échelle nationale et non locale. D’un point de vue purement physique, l’électricité produite à un instant T est directement injectée dans le réseau pour répondre à la demande et ce, partout sur le territoire. Exemple simple : si l’éolienne installée en face de chez vous ne tourne pas, faute de vent, ce n’est pas pour autant que n’aurez pas de lumière à la maison, non ? Voilà pourquoi il n’est pas pertinent de voir les choses à échelle locale.
Néanmoins, grâce au système de Garantie d’Origine il est aujourd’hui possible de consommer tout au long de l’année, de l’électricité d’une centrale en particulier, donc de financer le développement de ce type de parcs et de s’assurer que l’électricité que l’on consomme est bien d’origine renouvelable et issue de telle provenance géographique.
👉 Si l’on veut voir plus large, on constate depuis plusieurs années une augmentation de notre consommation électrique. Le tout est de savoir si pour répondre à cet accroissement de la demande, nous choisissons de construire des centrales qui exploitent des énergies renouvelables ou des énergies fossiles…

 

Quel impact des éoliennes sur l'activité économique

Le parc éolien de Sheringham Shoal, en mer du Nord, au large de Norfolk, en Angleterre (puissance de 316,8 MW).

 

Éolien offshore : les arguments économiques

« L’éolien offshore va nuire aux activités de pêche des zones concernées »

Crainte numéro 1 pour les personnes résidant dans les zones concernées : la nuisance sur les activités de pêche. Les éoliennes offshores vont-elles empêcher les marins d’exercer leur activité ? L’installation, la présence et le démantèlement de ces dernières vont-ils avoir des effets néfastes sur les zones de pêche ?
 
👉 Le projet éolien de Noirmoutier (de même que celui de Saint-Nazaire) n’empêchera pas les pêcheurs de naviguer et de continuer leur activité de pêche au sein du parc. Les éoliennes seront implantées dans les fonds côtiers, à moins de 30 mètres de profondeur : le parc n’impactera donc pas la pêche au large. En réalité, l’activité de pêche côtière sera surtout perturbée pendant les travaux de construction. Pendant cette phase, la société EMYN a assuré qu’elle laissera au moins 30% du parc disponible pour les activités de pêche. Une compensation financière sera tout de même prévue pour les professionnels qui seront directement impactés.
👉 Notons par ailleurs que la mise en place de tels projets aura aussi pour retombées directes des créations d’emplois. Estimées entre 750 (Noirmoutier) et 1000 (Saint-Nazaire) emplois directs, ces créations seront aussi accompagnées de plans de formation. A titre d’exemple, pour le projet des Iles d’Yeu et de Noirmoutier, ce sont 315000 heures de formation qui seront dispensées pour les besoins des usines et sur les sites de maintenance.

 

« L’éolien offshore va nuire aux activités touristiques »

Nombreuses sont les personnes qui s’inquiètent de l’impact qu’auront les éoliennes offshores sur l’activité touristique. L’implantation d’un parc dans les paysages qui font le charme de ces régions, peut-elle avoir des conséquences sur l’affluence de touristes ?
 
👉 Globalement, les retours sur expérience de parcs éoliens maritimes à l’étranger ne démontrent pas d’impact significatif sur l’activité touristique.
👉 A Saint-Nazaire les initiateurs du projet ont mené une enquête en 2014 auprès des touristes et acteurs locaux*. En voici les résultats (1200 sondés) :
  • 97 % des sondés déclarent que ce projet n’aura pas d’influence sur leurs habitudes ou qu’ils le considèrent comme une extension de l’offre touristique actuelle.
  • 62 % des interrogés sont intéressés par l’organisation de visites découverte de l’éolien maritime (animations pédagogiques, visite du site d’assemblage…).
  • 80 % des personnes qui s’intéressent à ces découvertes aimeraient visiter le parc en bateau.

 

Les éoliennes sont elles un frein à l'attractivité touristique d'une région ?

 

Éolien offshore : les problématiques écologiques

« L’éolien offshore va nuire à la faune et la flore maritime locale »

Qu’en est-il de la question environnementale ? Les arguments écologiques reviennent souvent (et heureusement !) dans les recours qui visent à stopper les projets éoliens offshores. La seiche, le hareng ou encore les goélands sont autant d’espèces directement menacées par la création de ces parcs…
 
👉 Du côté de Saint-Nazaire, des experts ont mené des études sur la zone concernée, en collaboration avec les associations environnementales et des bureaux d’études spécialisés. Ces études, couplées à des retours d’expérience d’autres parcs d’Europe, ont permis de tenir compte des enjeux liés à la faune et la flore locales.
👉 Sur le projet de Noirmoutier, les associations ont là aussi pris part aux discussions. Elles ont permis de pousser les initiateurs du projet dans leurs retranchements et de trouver des alternatives à des propositions qu’elles considéraient néfastes pour l’environnement. Une démarche ERC (évitement, réduction, compensation) a également été mise en œuvre dès la conception du projet. Quelques mesures concrètes* :
  • Évitement : pas d’utilisation de peinture anti salissure pour la partie immergée des fondations afin de protéger la qualité de l’eau et des sédiments
  • Réduction : réalisation de forages des pieux de deux fondations jacket en simultanée pour réduire le temps de construction et les perturbations
  • Compensation : démarches de protection des colonies d’oiseaux dans l’aire d’étude ; création d’un budget de 2300000€ sur 20 ans pour des opérations de gestion, de restauration et de préservation de l’écosystème.

👉 Enfin, il a été observé – dans les parcs éoliens d’Europe du Nord – que les fondations des éoliennes devenaient de nouveaux habitats colonisés par de nombreuses espèces. Ce phénomène qui augmente localement la biodiversité a été appelé l’effet récif.

 

« L’éolien offshore va nuire au paysage »

La dénaturation du paysage constitue l’une des plus grosses préoccupations des personnes défavorables à l’éolien maritime. Pollution visuelle, dégradation de notre patrimoine paysager… Autant de points qui inquiètent les habitants historiques des communes concernées, mais aussi les nouveaux arrivants, tombés avant tout amoureux de la vue qu’offrent nos côtes.
 
👉 Du côté de Noirmoutier, de nombreuses simulations ont été faites (à partir de 63 points de vue différents). Des montages ont été réalisés à plusieurs moments du jour (matin, couché de soleil) et de la nuit. Un chercheur du CNRS a ensuite étudié de près ces simulations avant d’en confirmer le réalisme (cf. visuels ci-dessous). Mêmes démarches pour le projet de Saint-Nazaire (31 simulations).
👉 Notons également que ces éoliennes seront implantées à une distance entre 11 et 20 km de nos côtes*. Les experts soulignent que la perception sera ainsi amenée à varier selon les conditions météorologiques et les points de vue. Cela revient donc à dire que le parc ne sera visible qu’une partie du temps (selon la luminosité, la présence de brume, la marée…).
*Entre 11 et 20 km pour le projet de Noirmoutier, entre 12 et 20 km pour celui de Saint-Nazaire.

 

Simulations du parc éolien réalisées dans le cadre du projet de Noimoutier

 

En conclusion…

Vous l’aurez compris, la question de l’éolien est plus complexe qu’il n’y paraît. Pourtant, les projets initiés pourraient grandement contribuer à l’augmentation de la production d’énergies renouvelables dans notre pays. C’est sur ce tour d’horizon que nous clôturons ce dossier de deux articles sur l’éolien offshore en France. Pour (re)lire notre première partie « Éolien offshore : la création des premiers parcs français », c’est par ici.

 

Sources
[1] IFP Energies Nouvelles, Panorama 2016 sur l’éolien offshore
Données relatives au projet du parc éolien offshore des Iles d’Yeu et de Noirmoutier : site officiel du projet
Données relatives au projet du parc éolien offshore de Saint-Nazaire : site officiel du projet

 

Photo by Zoltan Tasi ; Drew Graham

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