Les enjeux de la transition énergétique du mix électrique [4/5] – Le bilan humain

par | Oct 31, 2019 | Dossier intérêt des EnR, Electricité Verte

L’indépendance énergétique

Le changement climatique

Les risques liés à la production d’électricité

Le bilan humain

L’essor économique des énergies renouvelables

Quels sont les enjeux de la transition énergétique aujourd’hui ? Les énergies renouvelables améliorent les cinq piliers du développement durable à savoir le social, l’environnemental, l’économique, la politique et la géopolitique. Les énergies renouvelables représentent plus d’indépendance énergétique et moins de pollution, mais sont aussi une industrie moins dangereuse pour l’homme et le développement d’une économie plus locale. Dans ce dossier composé de cinq parties, nous verrons de façon exhaustive, les enjeux d’une transition énergétique du mix du réseau électrique européen. Dans ce quatrième volet il est question du bilan humain liée à l’extraction des matières premières et l’exploitation des différentes centrales de productions d’électricité.

 

Bilan humain lié aux énergies fossiles et fissiles dans le monde

Dans son rapport évaluation de risques d’accident nucléaires comparés à ceux d’autres filières énergétiques de 1969 à 2000, l’OCDE fait une étude comparative du nombre d’accidents et de décès causés par les différentes sources d’énergie. Celui-ci se base sur les données de l’Institut Paul Schaerrer [1] (IPS). Cette étude recense le nombre d’accidents et de décès par types d’énergie, les accidents et les décès immédiats par sources d’énergie.

Il faut noter que ces chiffres sont des décès réels, ils ne tiennent compte que des décès causés par l’accident et non ceux causés chroniquement. Pour le nucléaire, l’étude ne donne que des statistiques liées à l’accident de Tchernobyl, et ne comptabilise pas, notamment, les décès par irradiation.

Bilan humain : nombre d’accidents et de décès de 1969 à 2000

  OCDE Non OCDE Monde
  Accidents Morts Accidents Morts Accidents Morts
Charbon 75 2259 1044 18017 1119 20276
Pétrole 165 3713 232 16505 397 20218
Gaz naturel 90 1043 45 1000 135 2043
Gaz de pétrole liquéfié (GPL) 59 1905 46 2016 105 3921
Hydraulique 1 14 10 29924 11 29938
Nucléaire 0 0 1 31 1 31
Total 390 8934 2299 83658 2689 92592

Source : Évaluation de risques d’accidents nucléaires comparés à ceux d’autres filières énergétiques, OCDE [2]

Il apparaît que les énergies fossiles provoquent plus d’accidents et de décès que les autres sources d’énergie. Ainsi, plus de 65% des accidents résultaient des énergies fossiles avec le charbon en tête. Sur la période référencée par l’étude de l’OCDE, celui-ci a été responsable de 1 119 accidents soit 63,72 % des accidents causés par les énergies fossiles. Il faut noter qu’ils se sont principalement déroulés dans des pays non membres de l’OCDE, ainsi, on y recense plus de 85% des accidents liés au charbon. La Chine enregistre, à elle seule, 63% de ces accidents. En revanche, l’hydraulique n’est responsable que de 11 accidents sur cette même période, soit 0,03% toutes sources d’énergie confondues.

“Les énergies fossiles provoquent plus d’accidents et de décès que les autres sources d’énergie.”

En faisant une analyse par nombre de décès, le charbon et l’hydraulique ont été les principales causes de pertes de vies. En effet, le charbon a été source de 22% des décès soit 20 272 morts en 30 ans. Ils sont majoritairement dus aux éboulements de mines lors des extractions du charbon, aux gaz nuisibles émis lors de cette manœuvre et de son utilisation pour produire de l’électricité. Pour sa part, l’hydraulique a causé 32,33% des décès soit 29 938 morts sur la même période. La quasi-totalité de ces décès a été provoquée par la rupture du barrage de banqio/shimantan en 1975 en Chine [3].

Les décès indirects liés aux nucléaires

L’histoire du nucléaire civil est marquée par trois principaux accidents. Celui de Three Mile Islande-Pennsylvanie aux USA qui s’est produit le 28 mars 1979. Celui de Tchernobyl en Ukraine (URSS) en 1986 et le tout récent en 2011 au Japon.

L’échelle de gravité d’Institut de radioprotection et de radionucléaire l’IRSN [4], qui comporte 8 niveaux (0 à 7), classe les deux derniers accidents aux niveaux 7.

Échelle de gravité des accidents du nucléaire

Échelle de gravité des accidents du nucléaire.Source : Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)

Three Mile Islande-Pennsylvanie

L’accident nucléaire de Three Mile Islande-Pennsylvanie aux USA a causé des dégâts financiers et sanitaires. En effet, les opérations de nettoyage se sont déroulées sur 5 ans et ont coûté un milliard de dollars.

Tchernobyl

L’accident de Tchernobyl est la plus grande catastrophe que l’industrie nucléaire ait causée. Celui-ci est classé au dernier niveau de l’échelle de gravité. En effet, les explosions des réacteurs ont laissé dans l’atmosphère d’énormes déchets radioactifs. Ces derniers équivalaient à 200 fois la radioactivité générée par la bombe lancée en 1945 sur Hiroshima et Nagasaki. L’accident s’est étendu sur un rayon très vaste. Ainsi, l’Ukraine, la Russie et la Biélorussie et certains pays européens ont subi les conséquences de cet évènement catastrophique.

En 2006, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) [5] a fait un rapport donnant des ordres de grandeur des décès et contaminations dus aux radiations de 1986 à 2065. Tchernobyl a été responsable de 1 000 cas de cancers de la thyroïde et 4 000 cas d’autres cancers en Europe.

 photo de la catastrophe de Tchernobyl 1986Photo de Tchernobyl après la catastrophe prise en 1986

Selon les estimations, de l’agence, l’accident de Tchernobyl serait responsable :

  • De 16 000 cas de cancer de la thyroïde et de 25 000 cas d’autres cancers. Avec une estimation de 16 0000 décès.
  • Les 2/3 du cancer de la thyroïde se produiront en Biélorussie.

Il a fallu deux ans et 600 0000 personnes pour nettoyer le ravage causé par l’accident de Tchernobyl. Les employés ayant travaillé juste quelques jours après la catastrophe ont été contaminés par la radioactivité et un nombre important de ces personnes sont décédées [6].

“Tchernobyl a été responsable de 1 000 cas de cancers de la thyroïde et 4 000 cas d’autres cancers en Europe.”

Certains éléments sont nuisibles pour la santé humaine, tels que l’iode 131 et le césium 137. Si le premier se fixe sur la glande thyroïde, le second à une durée de vie de 300 ans dans l’atmosphère. Ainsi, un an après la catastrophe, une grande quantité de lait contenant une dose élevée de césium 137 fut produite. Ces laits ont été retirés du marché. Une proportion importante de cette substance dans l’environnement présente pour la population, un énorme risque de cancer radio induit très mortel.

Fukushima

Après 25 ans, le monde a de nouveau été frappé par une catastrophe nucléaire ; celui de Fukushima. Un rapport de l’Association pour le contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO) en 2016 fait un état des lieux des conséquences de l’accident.

À cette date, on comptait environ 100 000 personnes déplacées à cause de la catastrophe de Fukushima. On dénombrait 1 867 décès liés aux évacuations. Cette catastrophe nucléaire a causé une énorme souffrance psychologique chez les familles évacuées. Ainsi, selon une étude des autorités régionales en 2014, 67,5% des familles déplacées souffraient de stress mental et physique [7].

L’étude montre également que la catastrophe de Fukushima a été responsable d’un nombre élevé de suicides. À titre d’exemple, en 2015, le nombre de personnes qui se sont suicidées suite à cet accident était de 2 007 pour les habitants de Fukushima. Alors que dans les villes de Miyagi et d’Iwate l’on dénombrait respectivement 918 et 455 cas cette même année.

Nombre suicides post-catastrophe de 2011 au Japon

Nombre suicides post-catastrophe Fukushima de 2011 au JaponSource : ACRO, Fukushima cinq ans après : quel impact sanitaire ?

La décontamination de la centrale de nucléaire de Fukushima coûtera environ 125 milliards de dollars et durera environ 30 ans[8]

Les décès indirects liés au charbon

Faisons un état des lieux des accidents liés à l’extraction de charbon dans quelque pays du monde :

Chine

La Chine est le pays où l’industrie minière du charbon tue le plus dans le monde. En 2000, le taux de mortalité des accidents miniers du charbon était de 5 morts/MTec soit 100 fois le taux présent aux USA et 6 fois le taux en Russie [9]. La chine a connu sa plus importante catastrophe de l’industrie charbonnière meurtrière en 1942, dans la mine de Benxi (1549 morts).

Ville Date Nombre de morts Incidents
Fuxin févr.-05 213 Explosion
Guangdong août-05 123 Inondation
Linfen déc.-07 105 Explosion
Wanjialing avr.-10 23 Inondation

Tableau : Quelques incidents miniers récents en Chine – Source : Connaissance des Énergies

USA

Les USA ont connu de nombreuses catastrophes minières. Celle de Monongah [10] survenue le 6 décembre 1907 est la pire de par son bilan humain. Elle fut responsable de la mort de 362 mineurs.

Etats Date Nombre de morts Incidents
Kentucky déc.-70 38 Explosion
Utah déc.-84 27 Incendie
Kentucky mars.-76 26 Explosion
Alabama sept.-01 13 Explosion
Virginie janv.-06 12 Explosion
Virginie juil.-72 9 Incendie
Pennsylvanie mars.-77 9 Inondation
Utah août.-07 9 Effondrement

Tableau : Quelques incidents dans les mines de charbon aux USA – Source : Connaissance des Énergies

Rappelons qu’en 2008, la rupture du bassin de stockage de la centrale électrique de Kingston a entraîné le déversement d’environ 4 millions de mètres cubes de boue contaminant ainsi les eaux de surface et souterraines dans certains états. En 2016, un rapport de l’Agence de la Protection de l’Environnement (EPA) signale la contamination de 63 sites d’eaux sur 26 États. Notons également que ces déchets contenaient notamment de l’arsenic, mercure, sélénium, qui sont des métaux lourds dangereux pour la santé humaine. [11]

France

En 1906, la France a connu l’une des catastrophes minières les plus graves dans l’histoire de l’exploitation du charbon en France. Elle s’est produite sur le site minier situé entre Courrière et Lens. L’explosion a causé le décès de 1 099 sur 1 800 mineurs [12]. Il faut noter que cette catastrophe est classée la plus grave d’Europe et la deuxième au monde après celle de Benxi en 1942 en Chine.

Les décès indirects de l’industrie charbonnière

Dans le monde, le nombre de morts directement lié au charbon est de l’ordre de 10 à 150 000 personnes par an. L’exploitation de la mine de charbon est aussi dangereuse pour les mineurs que pour le grand public. Elle occasionne les émissions des métaux lourds comme le mercure ou encore le plomb. Notons qu’à même puissance installée, une centrale à charbon émet plus de radioactivités qu’une centrale à charbon [13].

Le charbon est responsable d’environ 23000 morts prématurées [14] en Europe chaque année. En France, en 2013, 1 380 cas de morts prématurées ont été causés de la pollution du charbon. Cela est principalement dû à l’exploitation des centrales de charbon en Allemagne, Pologne, Royaume-Uni et Espagne. À titre d’exemple, les centrales polonaises ont causé 4 680 décès prématurés en dehors de ses frontières. En France, 160 morts en 2013 ont été causées par l’exploitation du charbon en Pologne.

Europe’s dark cloud

Figure : Les décès dus à la pollution du charbon en France – Source : Europe’s dark cloud

 

Étude comparative des morts causées par TWh d’électricité produite en dans l’UE en 2014

Le rapport ExternE [15] dresse un bilan de l’impact sur la santé et la sécurité de l’homme qu’entraîne l’usage de différentes sources (charbon, lignite, pétrole, gaz, nucléaire, éolien et solaire) pour la production de l’électricité. Ce rapport porte sur les 28 pays de l’UE et utilise les données de production d’électricité de 2014 dans l’Union. Il souligne que pour une même quantité d’électricité produite, les effets sur la santé et la sécurité diffèrent d’une source à une autre.

Décès annuels estimés en 2014 par source de production d’électricité

  TWh Mort par TWh Morts
Charbon 779,06 24,5 19 087
Gaz 461,4 2,8 1 292
Pétrole 69,81 18,4 1 285
Biomasse 168,53 4,63 780
Nucléaire 830,95 0,074 61

Source : Impact sur la santé des filières de production d’énergie, version 2017

L’étude a donné aussi le nombre d’ « années de vie » perdues par GWh :

Année de vies perdues par GWh

  Charbon Pétrole Gaz Nucléaire
Années de vie perdues par GWh 0,35 2,2 0,1 0,02

Source : Impact sur la santé des filières de production d’énergie, version 2017

Ces chiffres montrent que le charbon est la source d’énergie qui cause le plus de décès et d’accidents, avec en moyenne 24,5 morts par TWh [16] produit, suivi ensuite du pétrole avec 18,4 morts part TWh produit. Ces combustibles émettent, en effet, beaucoup de CO2, gaz qui est très dangereux pour la santé et peut devenir nuisible lorsque son pourcentage dans l’air dépasse [17] 0,04% (composition naturelle de l’air), allant des problèmes respiratoires, jusqu’à la perte de connaissance brutale (plus de 15% de CO2), voire la mort [18].

En Europe, on dénombre 280 centrales [19] thermiques, qui ont entraîné plus de 22 900 décès [20] en 2013, ce qui est comparable aux 25 300 décès annuels causés [21] par les accidents de route dans l’UE.

En France, ce chiffre est assez élevé, avec 1 380 décès, alors que 90% de l’électricité générée provient de sources décarbonées. En réalité, ces décès sont majoritairement dus aux particules fines rejetées par l’exploitation des centrales à charbon dans les pays voisins (l’Allemagne par exemple) en grandes quantités et propagées dans l’air des autres pays.

Les centrales à combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) sont très dangereuses aussi bien pour les populations environnantes que celles lointaines.

Ainsi, l’utilisation des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) et nucléaires pour la production de l’électricité présente de nombreux dangers, de leurs extractions jusqu’à leurs transformations en électricité, et elles sont responsables de nombreuses catastrophes dans le monde.

 

En conclusion 

Bien que les énergies renouvelables soient une alternative à l’utilisation de ces énergies (charbon, pétrole et gaz) dans certains secteurs comme la production d’électricité et de gaz, le secteur des transports reste fortement demandeur de ces sources d’énergie. Il faudra une forte utilisation des nouvelles technologies issues des innovations, en recherche et développement pour permettre le déploiement des énergies renouvelables. Également, les consommateurs ont un rôle à jouer très important dans leur développement grâce à leur consommation volontaire de ces énergies.

Pour mieux comprendre les intérêts des énergies renouvelables pour notre planète ainsi que pour l’homme, nous vous invitons à découvrir le prochain et dernier volet de notre dossier sur la transition énergétique du mix électrique européen abordant le développement des moyens de production d’énergie renouvelable permettant la création de nouveaux emplois.

 

Sources :

[1] PSI
[2] OCDE ; “Évaluation de risques d’accidents nucléaires comparés à ceux d’autres filières énergétiques” 
[3] OCDE ; “Évaluation de risques d’accidents nucléaires comparés à ceux d’autres filières énergétiques” ; page 30
[4] IRSN
[5] IARC ; “The Cancer Burden from Chernobyl in Europe”
[6] 1 jour 1 actu ; “Combien de victimes après la catastrophe de Tchernobyl ?”
[7] ACRO ; “Fukushima cinq ans après : quel impact sanitaire ?” ; page 6
[8] Réseau Sortie du Nucléaire ; “Les conséquences de la catastrophe de Fukushima dépassent largement les frontières du Japon et personne n’en parle”
[9] CDE ; “Charbon : quels dangers ?”
[10] Book Wiki ; “Monongah mining disaster”

[11] Journal de l’environnement ; “Les cendres de charbon reviennent sur le devant de la scène”
[12] Herodote.net ; “10 mars 1906, la catastrophe de Courrières”
[13] Ecologie Illusion ; “Pollution et dangers des énergies. Centrales au charbon, énergie nucléaire.”
[14] Les Crises ; “La pollution de l’air en Europe (+ les morts du charbon)”
[15] Rapport ExternE
[16] À titre d’exemple, la France consomme environ 500 TWh d’électricité  par an et l’UE environ 3 000 TWh.
[17] Respire ; “Dioxyde de Carbone (CO2)”
[18] Respire ; “Dioxyde de Carbone (CO2)”
[19] EuropE’s dark cloud ; page 6
[20] EuropE’s dark cloud ; page 6
[21] Toute l’Europe ; “Les routes européennes demeurent les plus sûres du monde”

 

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