Les enjeux de la transition énergétique du mix électrique [1/5] – Indépendance énergétique et géopolitique

par | Oct 25, 2019

Quels sont les enjeux de la transition énergétique aujourd’hui ? Les énergies renouvelables améliorent les cinq piliers du développement durable à savoir le social, l’environnemental, l’économique, la politique et la géopolitique. Les énergies renouvelables représentent plus d’indépendance énergétique et moins de pollution, mais sont aussi une industrie moins dangereuse pour l’homme et le développement d’une économie plus locale. Dans ce dossier composé de cinq parties, nous verrons uniquement, et de façon exhaustive, les enjeux d’une transition énergétique du mix du réseau électrique européen. Pour commencer, nous allons voir tout d’abord la notion d’indépendance énergétique et comment elle peut-être influencée par la géopolitique mondiale.

Comprendre l’indépendance énergétique

L’indépendance énergétique d’un pays représente son autonomie liée à son besoin en énergie.  On appelle taux d’indépendance énergétique le rapport entre les productions et les consommations nationales d’énergies primaires (charbon, pétrole, gaz naturel, uranium, hydraulique, autres énergies renouvelables).

Un taux supérieur à 100% signifie que la production nationale est supérieure à la demande intérieure. Le solde est donc un solde exportateur. L’unité de mesure de l’indépendance énergétique est souvent la « tonne équivalente pétrole » (tep).

Enjeux géopolitiques de l’indépendance énergétique

Atteindre l’indépendance énergétique est un sujet mis en avant dans la loi sur la transition énergétique. Mais pourquoi ? Être autonome énergétiquement permet d’éviter tout problème d’approvisionnement, par exemple en cas de conflits avec les pays producteurs. L’indépendance est aussi importante économiquement afin de maîtriser et stabiliser le coût de l’énergie ce qui est difficile quand certains pays sont en situation, seuls ou réunis en cartel, d’influencer les prix. On se rappelle notamment du choc pétrolier de 1973 dont les conséquences sur le prix et l’approvisionnement du pétrole se sont mesurés dans le monde entier. Plus récemment, de nombreuses guerres ont été liées à des enjeux énergétiques. Parmi elles figurent les guerres en Irak en 2003 ou en Ukraine en 2014.

station essencePhoto by Diego Carneiro on Unsplash

Un exemple de situation complexe en termes d’indépendance énergétique est celui de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie. Selon les chiffres d’Eurostat, 40% des importations de gaz en UE proviennent du gaz russe[1]. Rémi Bourgeot[2], économiste spécialiste de la politique européenne, explique notamment que « L’énergie est au cœur de la relation Europe-Russie ».

Les conflits géopolitiques autour de l’énergie sont bel et bien réels, et les relations entre les pays sont influencées par leurs intérêts énergétiques. L’indépendance énergétique des pays est donc d’une grande importance. Les énergies renouvelables, disponibles localement, sont une bonne alternative pour atteindre un haut taux d’indépendance.

La France hyper-dépendante de l’approvisionnement en matières premières

En 2018, le calcul établi par le Ministère de la Transition écologique donne un taux d’indépendance de 55,4%. Selon lui, la consommation primaire d’énergie de la France a été de 248,2 Mtep (Million de tonnes équivalent pétrole) et la production d’énergie primaire de 137,7 Mtep.

Valeur en millions de tep 1973 1990 2002 2013 2014 2015 2016 2017 2018
Total production primaire 43,5 111,2 135,5 138 139,3 139,9 132,2 131,9 137,7
Électricité primaire 8 86,8 119,6 118,8 121,8 121,7 120,11 120,11  120,93*
dont nucléaire 3,8 81,7 113,8 110,4 113,7 114 105,1 104,97 107,6
dont hydraulique, éolien, photovoltaïque 4,1 5 5,7 8,3 8 7,7  7,9 7,8* 7,8*
Énergies renouvelables thermiques et déchets 9,8 10,7 10,9 17,6 16,2 17 16,6* 16,8* 16,8*
Pétrole 2,2 3,5 2,4 1,2 1,2 1,2 1,2* 1,2* 1,2*
Gaz naturel 6,3 2,5 1,4 0,3 0 0 0 0 0

*Valeur moyenne sur les trois dernières années.

Tableau : Évolution du taux d’indépendance énergétique en France depuis 1973. Source : Ministère de la transition écologique et solidaire.

Des observateurs reprochent à l’indicateur officiel de ne pas tenir compte du fait que 100% du combustible nucléaire est actuellement importé[3]. Le terme « électricité primaire » indiqué ci-dessus porte à confusion. Dire que l’électricité est une « source d’énergie » est même un abus de langage. Il est plus juste de la qualifier d’« énergie secondaire » ou de « vecteur énergétique ».

Les énergies naturellement disponibles et directement utilisables que l’on qualifie de « primaires » sont notamment les énergies fossiles (pétrole, le charbon, le gaz naturel), fissiles (l’uranium) ou renouvelables (vent, hydraulique, biomasse, rayonnement solaire, géothermie). L’électricité présente à l’état naturel comme les éclairs ou l’électricité statique n’est pas exploitable.

La France se distingue des autres pays européens du fait de sa forte production d’électricité par le nucléaire. En effet, avec 58 réacteurs nucléaires, le parc français a permis une production électrique nationale de 393,2 TWh en 2018 (+3,7% par rapport à 2017), ce qui représente 71,7 % de la production d’électricité française[4].

Photo by Frédéric Paulussen on Unsplash

En considérant la production d’électricité à partir d’uranium comme de l’énergie importée, la production d’énergie primaire française baisse de 107,6 Mtep ce qui ramène le taux d’indépendance à 12,1%. De plus, en considérant qu’une part de l’électricité est exportée, le taux d’indépendance énergétique en France serait aux environs de 10%.

Depuis 2001 plus aucune mine d’uranium n’est présente sur le sol français. La France est donc obligée d’acheter ou de produire de l’uranium à l’étranger. En 2014, 40% de l’uranium utilisé vient du Niger, où l’entreprise française Areva possède plusieurs mines d’uranium, et 60% viennent du Kazakhstan, de l’Australie et du Canada, qui sont les plus gros producteurs mondiaux d’uranium. Si les relations entre la France et ces pays se détériorent, l’approvisionnement en uranium pourrait être compromis ou alors le prix de l’électricité pourrait largement augmenter. En réalité la France n’est donc pas si indépendante, du moins énergétiquement parlant.

Combustible Quantité importée (Mtep) Part de la production électrique Taux d’importation Pays d’approvisionnement
Uranium 99 73% 100% Canada, Australie, Niger, Kazakhstan, Namibie
Gaz 5 4% 98% Norvège, Pays-Bas, Russie, Algérie
Charbon 3 4% 99% USA, Australie, Colombie, Russie, Afrique du Sud
Pétrole 0,7 1% 99% Russie, Arabie Saoudite, Nigéria, Norvège, Algérie

Tableau : Importation d’énergie en France par source de provenance – Sources : EDF, Ministère du développement durable, Connaissance des Énergies

Le pays est très dépendant du pétrole du gaz et du charbon. Depuis 2015, la France dépend totalement de l’extérieur pour ces besoins en gaz naturel et en charbon. Pour le pétrole, le taux d’indépendance très faible montre aussi la forte dépendance de pays vis-à-vis de l’extérieur pour son approvisionnement en cette énergie.

Pour atteindre cette indépendance énergétique, il est nécessaire de développer et d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique français. Elles sont un atout qui permet de s’affranchir des enjeux géopolitiques et des prix que les marchés internationaux imposent, de diversifier les moyens de production et les sources d’approvisionnement et enfin de sécuriser l’approvisionnement en énergies grâce aux sources d’énergies renouvelables qui sont abondantes et disponibles localement.

L’indépendance énergétique, un enjeu d’avenir

Ainsi, l’indépendance énergétique représente un enjeu d’avenir. En permettant une production d’énergie locale, le pays réussit à limiter ses importations, donc accroître son indépendance, tout en favorisant l’émergence de territoires privés d’électricité. Cela implique un investissement politique mais qui permettrait de développer les énergies renouvelables.

Pour mieux comprendre les intérêts des énergies renouvelables pour notre planète ainsi que pour l’homme, nous vous invitons à découvrir la 2ème partie de notre dossier sur les enjeux de la transition énergétique de notre mix électrique abordant les défis de l’électricité d’origine renouvelable face au réchauffement climatique.

[1] https://ec.europa.eu/eurostat/cache/infographs/energy/bloc-2c.html
[2] https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Lenergie-coeur-relation-Europe-Russie-2018-07-12-1200954674
[3] https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/reserves-d-uranium-naturel-dans-le-monde
[4] https://www.rte-france.com/sites/default/files/be_pdf_2018v3.pdf

Vous avez aimé ? Partagez.

Nous sommes l'agence de promotion de l'électricité verte.

Alors que la France figure tristement parmi les derniers en Europe à consommer de l’électricité verte avec 7% seulement, des millions de français cherchent à agir en marchant pour le climat ou en luttant contre l'écologie punitive.

Faire le choix de l'électricité verte, c'est décarboner notre air, soutenir une économie pérenne, locale et assurer un futur vivable pour nos enfants.

« Pas besoin d'être Président de la République pour sauver le monde. »

Notre objectif : faire de la France le 1er pays consommateur d'électricité verte en Europe

1er

Ce que l'on fait

On facilite le changement vers une offre verte.

Utiliser notre comparateur.

On décortique l'actualité énergétique qui compte.

Voir l'actualité décryptée

On fait des dossiers sur l'écosystème énergétique.

Voir nos dossiers

On recense les acteurs qui se mettent au vert.

Consulter notre annuaire.

On fait une curation de l'actualité importante.

Voir notre Twitter

On interviewe les personnes qui font bouger les choses.

Lire nos interviews.

Ça vous a plu ?

Partagez cet article avec vos proches !