Production et consommation électrique des pays européens

Production et consommation électrique des pays européens

Production et consommation électrique des pays européens

Cet article a pour objectif d’analyser la consommation électrique des pays européens. À partir du calcul des mix énergétiques des pays, il est possible de déduire l’impact environnemental de la consommation électrique. L’impact environnemental des différents pays européens est donc évalué afin de comprendre comment ils améliorent ou dégradent leur empreinte carbone.

En France, la majeure partie de la production électrique est de source nucléaire et hydraulique. Mais est-ce réellement l’électricité que nous consommons ? Le réseau électrique français est très connecté avec l’ensemble de ses pays voisins, il faut savoir qu’il existe plus de 400 interconnexions entre les pays européens. Sachant que l’électricité transite quasiment instantanément (200 000 km par seconde) en suivant le chemin de moindre résistance, nous comprenons vite que la distance n’a pas d’importance. Seul le niveau de congestion du réseau, c’est-à-dire sa capacité à ne pas bloquer un flux d’électricité, est déterminant.

Afin de savoir d’où vient l’électricité que nous consommons, des règles ont été établies. Celles-ci ont été élaborées par les législateurs européens puis transposées dans le droit de chaque pays membre de l’Union Européenne. Elles prennent ainsi en considération une certaine réalité physique, mais elles sont aussi le résultat de choix politiques.

 

1. La consommation volontaire d’électricité verte en Europe

 

Une offre d’électricité est dite « verte » si le fournisseur peut garantir qu’une quantité d’électricité d’origine renouvelable équivalente à la consommation des clients de cette offre a été injectée sur le réseau.[1] Pour prouver qu’une quantité équivalente d’électricité verte a été injectée sur le réseau, seules les Garanties d’Origine (GO) ont valeur de preuve.

Le taux de consommation volontaire d’électricité verte représente le volume de GO utilisées divisé par la consommation électrique d’un pays. En France il était de 7,4% en 2018 alors que la moyenne sur l’Union européenne (à laquelle s’ajoute la Norvège, la Suisse et l’Islande), est de 23%.[2] En France, seuls 35,1 TWh d’électricité ont été consommés volontairement. Ce taux dépasse 60% en Suisse et atteint même des sommets en Autriche à 87%.

Taux de consommation volontaire d’électricité verte par pays en Europe (en %)

Carte taux de consommation volontaire d'électricité verte en Europe

Année après année, la demande d’électricité d’origine renouvelable ne fait qu’augmenter en Europe. Le volume d’utilisation de la Garantie d’Origine (GO) illustre le choix des consommateurs de soutenir le développement des énergies renouvelables.

En 2017, le taux de consommation volontaire d’électricité verte en France était de 6,4% contre 7,4% en 2018. Cette augmentation peut s’expliquer à la fois par un nombre croissant d’entreprises et de citoyens qui s’engagent, mais aussi par l’augmentation du nombre de fournisseurs d’électricité verte. Selon le médiateur national de l’énergie, 61% des Français sont favorables aux offres vertes.[3]

La consommation d’électricité de source renouvelable est en plein essor en Europe. Si la France semble suivre le même chemin, c’est néanmoins avec beaucoup de retard.

Les Garanties d’Origine utilisées en Europe

Graphique GO Europe

Le graphique ci-dessus montre l’évolution des Garanties d’Origine utilisées en Europe de 2005 à 2018. Leur utilisation ne cesse d’augmenter : 20 fois plus de GO utilisées aujourd’hui qu’il y a une dizaine d’années. Cette hausse peut être expliquée par la prise de conscience environnementale et l’engagement volontaire pour une consommation d’électricité verte des citoyens, des collectivités et des grandes entreprises.

Cette tendance lourde et massive a déjà des impacts locaux sur l’investissement dans les énergies renouvelables. En effet, de plus en plus de projets sont réalisés sans subventions, notamment aux Pays-Bas et en Espagne. Mais ces effets sont encore loin d’être représentatifs de l’énorme impact que cette consommation volontaire d’électricité verte peut avoir. Effectivement, si la demande dépasse l’offre disponible, à savoir la production d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables, alors l’investissement pourra augmenter durablement.

Comparaison entre l’Allemagne et la France [4]

Après le drame de Fukushima en 2011, l’Allemagne a décidé d’abandonner brutalement l’énergie nucléaire pour se consacrer aux énergies renouvelables et vise la réduction de 80% de ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Cette ambition se reflète dans les choix de consommation. Les consommateurs en Allemagne cherchant des solutions pour réduire leur empreinte carbone sont aujourd’hui les plus gros importateurs de GO en Europe.

Parallèlement, les consommateurs en France persuadés de consommer de l’énergie nucléaire décarbonée prêtent peu d’attention à la consommation d’électricité d’origine renouvelable. Du fait de cette dichotomie, les consommateurs allemands bénéficient de la masse de GO françaises disponible à bas prix, car boudée par les consommateurs français. Les Allemands ont en conséquence résolu leur problème d’empreinte carbone sans avoir besoin de modifier leur production nationale pourtant très carbonée. C’est ainsi que nous pouvons en déduire que la France bloque la transition énergétique en Europe en inondant le marché européen des Garanties d’Origine dont l’objectif initial est de favoriser l’investissement et de pérenniser le développement des énergies renouvelables.

Pour conclure cette 1ère partie, si la consommation volontaire d’électricité verte est une tendance lourde à l’échelle européenne, la réalité diffère beaucoup d’un pays à l’autre. Afin de mieux comprendre cette réalité il est essentiel de présenter les différents mix énergétiques existants : mix de production, mix de consommation et enfin mix résiduel.

 

2. Comparaison du mix de production et du mix de consommation

 

Le mix de production : un indicateur de la politique nationale du pays

Rappelons tout d’abord que le mix énergétique est la répartition de différentes sources d’énergie primaires utilisées pour produire de l’électricité. Le mix de production sert à mesurer la part des différentes sources énergétiques dans la production d’électricité de chaque paysPar exemple, pour la France en 2018, le graphique ci-dessous montre que l’électricité est produite majoritairement avec l’énergie nucléaire (71,7%), puis grâce aux énergies renouvelables (19.8%) et enfin aux énergies fossiles (8,5%).

Graphique mix de production en France 2018

Mix de production d’électricité 2018 en France – Source : EEX

 

Le classement européen de la production d’électricité

Le tableau ci-dessous classe les dix premiers pays ayant la plus grande part d’énergie renouvelable au sein de leur mix de production en 2018. Parmi les mix les plus renouvelables d’Europe, on retrouve ceux de l’Islande et de la Norvège qui atteignent presque 100%.

La France arrive en 23e position avec une part élevée de nucléaire (72%), soit plus de 4 fois la moyenne européenne contre une part renouvelable de 20%.

Pays Énergie renouvelable Fossile Nucléaire
1. Islande 99,99% 0,01% 0%
2. Norvège 97,81% 2,19% 0%
3. Lituanie 77,57% 22,43% 0%
4. Autriche 74,21% 25,79% 0%
5. Croatie 73,57% 26,43% 0%
6. Danemark 68,44% 31,56% 0%
7. Suisse 58,74% 3,33% 37,93%
8. Luxembourg 58,26% 41,74% 0%
9. Suède 56,08% 2,34% 41,57%
10. Lettonie 52,48% 47,52% 0%
23. France 19,81% 8,51% 71,67%
Europe 40,98% 42,43% 16,59%

 

Classement européen de production d’électricité (en %)

 Carte production électrique européenne

Part de renouvelable dans la production d’électricité en Europe en 2018 – Source : AIB (2018)

 

Le mix de consommation : un indicateur de ce qu’on consomme dans un pays

Penchons nous ensuite sur le mix de consommation. Le mix de production ne permet pas de déterminer l’origine de ce qui est consommé, les réseaux électriques européens étant fortement interconnectés. En effet, chaque pays ne peut pas être considéré comme un système isolé et indépendant. Ainsi, une méthode de calcul d’un mix de consommation a été élaborée par la Commission européenne via le projet RE-DISS phases 1 et 2 (Reliable Disclosure Systems for Europe) afin de représenter la part de chaque source d’énergie dans la consommation d’électricité réelle du pays.

Par exemple, le mix de consommation français est calculé à partir de la production d’électricité sur le territoire à laquelle les différents échanges commerciaux vont être appliqués.

En 2018, le mix de consommation en France était le suivant :

Graphique mix de consommation France 2018

Mix de consommation d’électricité en France en 2018 – Source : AIB

Ce qui est produit dans un pays n’est pas ce qui y est consommé

Le mix de consommation permet ainsi d’avoir une meilleure visibilité du comportement réel de chaque pays. Le tableau ci-dessous dresse la part de renouvelable dans la consommation d’électricité en Europe en 2018.

Pays Énergie renouvelable Fossile Nucléaire
1. Autriche 77,76% 22,24% 0%
2. Lituanie 76,42% 20,78% 2,80%
3. Suisse 72,83% 2,47% 24,70%
4. Suède 65,03% 1,44% 33,53%
5. Luxembourg 56,86% 35,26% 7,88%
6. Ireland 55,13% 44,87% 0%
7. Allemagne 54,93% 36,24% 8,83%
8. Croatie 54,83% 43,91% 1,26%
9. Norvège 51,99% 30,16% 17,85%
10. Pays-Bas 48,72% 49,58% 1,71%
22. France 19,57% 8,54% 71,89%
Europe 36,02% 44,83% 19,15%

On s’aperçoit que l’Islande ou la Norvège, qui figurent parmi les premiers producteurs d’électricité à partir de source renouvelable, quittent le podium. Cette sortie s’explique en effet par l’export de près de la moitié des Garanties d’Origines associées à cette production électrique.[5]

Classement européen de consommation d’électricité (en %)

Carte Part de renouvelable dans la consommation d'électricité en Europe en 2018

Part de renouvelable dans la consommation d’électricité en Europe  en 2018 – Source : AIB (2018)

 

Quel est l’impact de ces échanges commerciaux sur le bilan carbone lié à la consommation d’électricité ?

Les échanges peuvent modifier significativement le mix énergétique de consommation des pays en comparaison de leur mix de production.

Nous avons comparé le bilan carbone entre le mix production et le mix de consommation afin de déterminer :

  • les pays qui ont un impact positif par leur choix de consommation
  • ceux qui dégradent leur mix contre rémunération en exportant les Garanties d’Origine liées à la production sur le territoire.

Par ailleurs, il est important de noter que la baisse ou l’alourdissement des empreintes carbone des différents pays sont directement liés aux importations et exportations de GO des différents pays.

Bilan des transactions de GO sur l’année 2019

Graphique AIB

Source : AIB

La conséquence automatique de ces choix de consommation réside ainsi dans la dégradation ou l’amélioration du bilan carbone lié à la consommation d’électricité. En 2018, selon l’AIB, chaque Garantie d’Origine exportée engendre l’import par équivalence d’un MWh dont le facteur d’émission de CO2 est de 486 kg contre 0kg pour le MWh bénéficiant de la GO.

Les deux tableaux ci-dessous dressent le palmarès des pays européens ayant le plus baissé et alourdit leur empreinte carbone.

Pays européens avec le meilleur bilan carbone

Pays Mix de production CO2 (gCo2/kWh)

Mix de consommation

CO2 (gCo2/kWh)

Baisse de l’empreinte carbone (gCo2/kWh)
1. Lituanie 362 136 -226
2. Pays-Bas 457 280 -177
3. Irlande 393 239 -154
4. Allemagne 469 328 -141
5. Malte 761 655 -106
6. Belgique 167 121 -46
7. Autriche 142 122 -20
8. Luxembourg 201 192 -9
9. Portugal 307 302 -5
10. Suisse 14 11 -3

Top 10 des pays européens avec le meilleur bilan carbone lié à leurs mix de production et de consommation d’électricité

On constate ainsi que la Lituanie, les Pays-Bas et l’Irlande sont les plus performants des pays européens. Au vu de leur volume total de consommation électrique, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Belgique font quant à eux figure de têtes de pont concernant la démarche volontaire de consommation d’électricité d’origine renouvelable.

Pays européens avec le moins bon bilan carbone

Pays Mix de production CO2 (gCo2/kWh) Mix de consommation CO2 (gCo2/kWh)

Dégradation de l’empreinte carbone

 (gCo2/kWh)

1. Islande 0 382 382
2. Norvège 11 234 223
3. Danemark 209 415 206
4. Estonie 875 981 106
5. Italie 327 411 84
6. Finlande 143 219 76
7. Espagne 288 330 42
8. Croatie 417 446 29
9. Pologne 846 871 25
10. République tchèque 576 599 23

Top 10 des pays européens avec le plus mauvais bilan carbone lié à leurs mix de production et de consommation d’électricité

On constate premièrement que l’Islande arrive en tête des mauvais élèves européens. Même si ce pays a un mix de production électrique issu à 100% de ressources renouvelables, son bilan CO2 est en revanche moins satisfaisant. Cela signifie que ce pays exporte beaucoup de Garanties d’Origine au mépris de l’impact comptable sur sa consommation. Une étonnante surprise pour un pays qui n’est pas relié physiquement au réseau européen et qui a gagné le droit de participer au marché intérieur sous prétexte de son appartenance à l’Espace économique européen.

La Norvège arrive quant à elle en deuxième position de ce classement. L’électricité norvégienne est presque entièrement produite par l’énergie hydraulique. Cependant, la Norvège exporte une grande partie de ses Garanties d’Origine vers l’Europe continentale contre rémunération. Les consommateurs en Norvège obtiennent donc un facteur d’émission bien moins avantageux que le laissent croire les installations présentes sur leur territoire.[6]

Du fait d’une faible demande pour des énergies renouvelables, ces pays sont donc grandement responsables de l’inondation du marché européen de Garanties d’Origine. Ainsi, tant que les consommateurs européens bénéficieront d’un volume important de GO norvégiennes, il n’y aura pas de signaux d’investissement dans les énergies renouvelables à grande échelle.

 

Analyse critique sur la méthode de calcul du mix de consommation et du mix résiduel

 

Comme expliqué plus haut, la méthode de calcul du mix de consommation permet de mieux rendre compte d’une certaine réalité physique propre à l’électricité et permet l’existence de levier d’action pour le consommateur afin de combattre le réchauffement climatique.

Néanmoins cette méthode est également le fruit de négociations politiques. C’est la raison pour laquelle, les pays sont encore considérés comme des zones homogènes et indépendantes les unes des autres. Cette vision a des impacts sur les actions des consommateurs. Afin d’expliquer ces impacts, il faut analyser le calcul du mix résiduel, socle de la méthode de calcul du mix de consommation.

Le mix résiduel : ce que l’on consomme par défaut

En France, un consommateur peut choisir le type de production et l’origine de l’électricité qu’il utilise. Il peut tracer légalement l’énergie qu’il soutire du réseau électrique en utilisant des Garanties d’Origine. En l’absence de ce choix, un mix par défaut lui est attribué, il s’agit du mix résiduel. À ce jour, ce mix est calculé par EEX, l’entité mandatée par l’État pour tenir le registre des Garanties d’Origine.[7]

Selon EEX, le mix résiduel français est le mix de consommation dont sont soustraites les Garanties d’Origine utilisées en France pour certifier de la consommation renouvelable dans le cadre d’offres vertes.

En 2018, le mix résiduel en France était le suivant :

Mix résiduel france 2018

Mix résiduel d’électricité 2018 en France – Source : EEX

Une amélioration essentielle : le calcul d’un mix résiduel européen

Aujourd’hui, nous avons un marché européen qui présente un fort taux d’interconnexions au sein du marché intérieur. Dans la mesure où l’électricité emprunte le chemin de moindre résistance et que sa vitesse est quasiment instantanée, un consommateur a donc un impact sur la zone au sein de laquelle il n’y a pas de congestion du réseau électrique. Quand en France on achète un kilowattheure en Pologne, ce kilowattheure peut passer par la Suisse, par l’Italie, par l’Espagne, car on ne trace pas le chemin de l’électricité. Elle suit la ligne où il y a le moins de résistance, c’est-à-dire les lignes à même de pouvoir transporter le volume d’électricité produit. À cette théorie physique s’oppose la réalité politique des objectifs.

Chaque pays a fait le choix de montrer son mix énergétique, c’est-à-dire les proportions différentes d’énergies dont il dispose. En effet, la divulgation de son mix est laissée à la surveillance des États membres conformément au dernier paragraphe de l’annexe 1.5 de la directive 2019/944 (UE) sur le marché intérieur de l’énergie.

Outre la construction d’un réseau électrique européen de plus en plus interconnecté, l’élaboration d’un marché intérieur de l’énergie a érigé des règles communes. Parmi elles, le marché de l’origine de l’électricité dont l’échange de Garanties d’Origine est l’application pratique, se fait à l’échelle européenne et sans prise en compte des périmètres d’équilibre inventés pour le marché de la responsabilité d’équilibre dit de « l’électricité ».

En conclusion

Pour conclure, il semblerait donc pertinent de calculer le mix résiduel au niveau européen, car celui-ci représenterait une réalité physique au vu des interconnexions et réglementaire au vu du marché des Garanties d’Origine. De plus, cela remettrait en cause certaines situations nationales. En France, mettre en avant le nucléaire et ses émissions bas carbone apparaît comme un alibi pour l’inaction, notre pays étant très en retard sur ses objectifs climatiques et dans le domaine des énergies renouvelables. Il serait plus juste d’obtenir un mix résiduel davantage carboné pour les consommateurs restant dans l’inaction.

 

Sources du dossier :

  • Rapport de l’AIB (2018)
  • Fiche pays d’EnergyOrigins.net
  • Les données de l’AIB et l’ENTSOE

Tous les calculs de cet article concernent l’utilisation directe d’électricité (énergie secondaire). Selon le GHG Protocol, organisme international responsable de l’élaboration de normes sur le calcul du bilan carbone, cette composante du bilan carbone est dénommée « SCOPE 2 ». Le calcul consiste à évaluer l’impact lié au fait de tracer l’électricité consommée via un réseau partagé par d’autres consommateurs. Pour ce faire, le consommateur doit utiliser des Garanties d’Origine (GO). En cas d’absence de GO, le facteur d’émission du mix résiduel est pris en compte. Ce calcul est lié à la production d’électricité, mais n’intègre pas l’analyse cycle de vie (SCOPE 3).

 

Sources :
[1] Energie.info ; « Qu’est ce qu’une offre d’électricité verte ? »
[2] Rapport AIB (2018)
[3] Le Médiateur National de l’Energie ; « Baromètre énergie info »
[4] Global Chance ; « La consommation d’énergie en Allemagne et en France : une comparaison instructive »
[5] Les Echos ; « La Norvège, ce faux ami de la planète »
[6] Géo Confluences ; « La Scandinavie, un modèle de transition énergétique ? »
[7] EEX ; « Powernext publie le mix résiduel français pour 2018 »

 

Photo by Markus Spiske

 

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Idées reçues sur l’électricité verte

Idées reçues sur l’électricité verte

Idées reçues sur l’électricité verte

Après un premier volet, dédié aux Idées reçues sur l’électricité, nous voici de retour pour parler électricité verte cette fois-ci. Vous l’aurez compris, nous allons ici aborder la question du renouvelable : comment peut-on être sûr de consommer vert ? Est-ce vraiment écologie ? L’électricité verte peut-elle vraiment couvrir l’ensemble de nos besoins énergétiques ? Tout un tas de questions que nous allons aborder une à une pour lever le voile sur ce sujet souvent controversé.

Idée reçue n°1 : Consommer de l’électricité verte, c’est plus cher. 

VRAI et FAUX
Un contrat d’électricité verte présente deux composantes. D’un côté, l’accès au réseau électrique, associé à un service de responsabilité d’équilibre qui est assuré par le fournisseur (plus d’explications dans l’article « Le marché de l’électricité : entre flux physiques et conventions »). De l’autre, l’achat de Garanties d’Origine (GO) associé à la consommation, qui va prouver l’origine renouvelable de l’électricité. Les GO ont un coût puisqu’elles rémunèrent les producteurs qui utilisent les énergies renouvelables (EnR) pour produire de l’électricité. En théorie, une offre d’électricité verte est donc plus chère qu’une offre d’électricité dite « grise » (utilisant des énergies fossiles/fissiles : charbon, gaz, nucléaire ou pétrole).

Toutefois, il faut souligner que de nombreux contrats d’électricité verte proposent des prix moins élevés que des offres grises. Comment ? Aujourd’hui, la majorité des offres sont indexées sur le tarif réglementé de vente (TRV), qui est le tarif exclusivement proposé par EDF (fournisseur historique, encore majoritaire sur le marché de la fourniture). Depuis 2007, le marché de l’électricité a été ouvert à la concurrence, laissant place à de nouveaux fournisseurs dits « alternatifs ». Ces derniers ont bénéficié d’un marché de gros très bas. Cela leur a permis de proposer des prix inférieurs au TRV (dont le niveau est imposé par l’Etat), tout en faisant de la marge.

Ainsi, il existe un bon nombre d’offres d’électricité verte moins chères que l’offre au TRV d’EDF. En conclusion, si vous êtes chez EDF, il y a de fortes chances pour que vous puissiez souscrire une offre verte moins chère que celle que vous payez actuellement. Et ça c’est cool !

👉 Pour le vérifier, allez jeter un 👁 à notre comparateur d’offres !

 

Idée reçue n°2 : Il est impossible de savoir si je consomme de l’électricité verte.

FAUX
Si vous avez lu notre premier volet des Idées reçues sur l’électricité, vous savez déjà que l’on ne peut pas tracer l’électricité d’un point de vue physique. En revanche, on peut savoir quelle centrale injecte quoi dans le réseau et quel consommateur soutire quoi. Et c’est exactement la vocation des Garanties d’Origine (GO) qui sont l’unique preuve juridique de l’origine de l’électricité consommée en Europe.

preuve de l'électricité verte, la garantie d'origine

Exemple d’une Garantie d’Origine avec toutes les informations qu’elle comporte.

Lorsqu’une centrale d’électricité d’origine renouvelable produit et injecte 1 MWh dans le réseau, une GO est également émise et donnée au producteur. C’est le teneur de registre mandaté par l’Etat qui s’en charge. La GO atteste du caractère renouvelable de la production de ce MWh. Elle est la carte d’identité du MWh injecté. Elle contient un numéro unique, l’identification de la centrale de production avec sa localisation, sa puissance, mais aussi la technologie et l’énergie utilisées, ainsi que la date de mise en service de la centrale. Soit toutes les informations pertinentes sur ce MWh produit.

En choisissant une offre d’électricité avec des GO précises, vous connaîtrez ainsi l’origine de votre électricité. Petit conseil, soyez vigilant quant aux informations communiquées par votre fournisseur. Certains avancent d’autres arguments que celui de la GO pour justifier le caractère vert de leur électricité. Ces arguments sont faux et n’ont aucune valeur juridique.

Il faut garder à l’esprit que le moyen le plus efficace et durable de contribuer au développement des énergies renouvelables est via la consommation d’électricité verte associée à des GO. Ainsi il sera possible de tendre vers un mix électrique majoritairement renouvelable à l’échelle européenne.

 

Idée reçue n°3 : Consommer de l’électricité verte française, c’est mieux. 

VRAI
En consommant de l’électricité verte dont les GO sont issues de centrales de production françaises (oui, cela peut être un critère de choix), vous valorisez et rémunérez des producteurs d’électricité verte française. Par votre acte de consommer vert et français, vous participez ainsi à la transition énergétique. Comment ? En maintenant des installations renouvelables et en développement de nouveaux moyens de production respectueux de l’environnement sur notre territoire. Plus la demande pour de l’électricité verte française sera forte, plus nos producteurs pourront se développer et peser dans le mix énergétique globalFaisant ainsi fermer des centrales polluantes. Par extension cela permettra aussi de créer des emplois dans les filières du renouvelable et ce, directement chez nous !

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue qu’une centrale exploitant des EnR, qu’elle soit située sur le territoire français, norvégien ou polonais, répond aux objectifs de transition énergétique finalement communs à tous les pays d’Europe. Dans le précédent volet des « Idées reçues sur l’électricité », nous mettions en avant le fait que le réseau électrique est européen, et que physiquement nous partageons tous la même électricité. L’objectif final et commun demeure la production d’électricité sans émission de gaz à effet de serre et ce, à l’échelle européenne. Or une centrale qui exploite une énergie renouvelable, qu’elle soit située en France, en Pologne ou en Suède répond à ces ambitions. La transition énergétique n’a pas de frontière !

 

Idée reçue n°4 : Il est possible de consommer de l’électricité verte venant d’un autre pays.

VRAI
Vous avez fait le choix de consommer de l’électricité verte, c’est top ! Comme nous l’avons expliqué au-dessus, notre réseau électrique est fortement interconnecté avec les autres pays européens. Vous pouvez ainsi consommer de l’électricité verte provenant en partie ou totalement d’Espagne, du Danemark ou même de Norvège.

Comment est-ce possible ? Petit point de physique. Le signal électrique se déplace dans les lignes électriques à une vitesse de 200 000 km/seconde. Soit deux tiers de la vitesse de la lumière. Inutile de vous faire un dessin pour comprendre que l’électricité circule donc de manière quasi instantanée dans le réseau électrique européen. Comme nous le disions en Idée reçue n°2, l’objectif premier de la consommation d’électricité verte, c’est l’accomplissement de la transition énergétique. Qu’elle soit danoise ou italienne, l’électricité verte, lorsqu’elle est consommée, sert cet objectif. Peu importe de quel pays provient l’électricité, il vaut mieux qu’elle soit produite sans émettre de gaz à effet de serre, plutôt qu’elle le soit par une centrale à charbon.

Consommer de l’électricité verte française présente un intérêt !

Cependant, demander de l’électricité d’origine renouvelable française montre un intérêt supplémentaire. Si tous les français s’approvisionnaient en l’électricité issue de centrales françaises, cela donnerait à nos producteurs les moyens d’investir davantage, plus rapidement… Et surtout de développer des moyens de production sans subvention, financés seulement grâce à ses consommateurs. En exigeant des GO françaises, le consommateur limite ainsi les offres disponibles et augmente la valeur des GO répondant à son exigence : c’est la loi de l’offre et de la demande. Avec beaucoup de demandes pour des GO françaises, il est possible de développer des moyens de production sans subvention, financés seulement grâce à ses consommateurs.

L'électricité verte permet de tendre vers la transition énergétique

L’électricité d’origine renouvelable comme moyen de tendre vers la transition énergétique.

C’est le cas, aujourd’hui aux Pays-Bas, où d’importants projets (notamment éoliens en mer) voient le jour de cette manière. Les hollandais sont très sensibilisés à l’électricité et sa pollution. Ainsi, ils sont nombreux à consommer de l’électricité provenant de moyens renouvelables de leur propre pays. Cette forte demande de Garanties d’Origine des Pays Bas, a eu pour effet une importante croissance des prix de la GO hollandaise : 7€ le MWh (comparé à 0,37€ en France).

Ce qui est intéressant de noter, c’est le fait que les hollandais soient prêts à payer plus cher pour une électricité moins polluante et locale. Ainsi des centrales d’énergies renouvelables gigantesques voient le jour sans aucune aide de l’Etat aux Pays-Bas. En plus de décarboner fortement leur mix électrique, les consommateurs hollandais participent activement à créer de l’emploi qualifié et des richesses dans leur pays. Un exemple à suivre ? Nous on pense que oui ! 😊

👉 Pour avoir plus d’informations sur les emplois créés par les énergies renouvelables, on vous conseille cet article 📃.

 

Idée reçue n°5 : Un contrat d’achat direct me donne la preuve que l’électricité est vraiment verte.

FAUX
Certains fournisseurs prétendent être plus « verts » que les autres en revendiquant l’achat d’électricité directement auprès du producteur, sans intermédiaire. Un argument marketing pour présenter leurs offres d’électricité comme plus transparentes ou plus vertueuses pour l’environnement. La raison se résume facilement. Une entreprise dite de « fourniture d’électricité » ne fournit pas réellement de l’électricité physique. La fourniture de l’électricité physique est le monopole des gestionnaires du réseau électricité. En France, il s’agit de RTE, Enedis et des entreprises locales de distribution (ELD). De plus, non seulement un fournisseur d’électricité ne fournit pas physiquement de l’électricité, mais il n’est pas capable d’en acheter ou d’en vendre. Il joue en réalité le rôle de responsable d’équilibre pour le compte de ses clients en procédant à des nominations auprès du réseau.

Dans notre premier volet des Idées reçues sur l’électricité (Idée reçue n°8), nous vous expliquons en quoi l’achat direct peut être qualifié de greenwashing et pourquoi c’est un argument trompeur pour le consommateur.

 

Idée reçue n°6 : Tous les fournisseurs d’électricité verte ne se valent pas.

VRAI
Soyons bien d’accord sur le fait qu’il n’existe pas d’électricité de meilleure qualité qu’une autre. Quel que soit le fournisseur par lequel vous passez ou votre offre d’électricité, sa qualité ne changera pas. L’électricité est une énergie, elle n’a ni couleur, ni odeur. Un MWh de nucléaire est strictement équivalent à un MWh d’hydraulique, et votre maison sera éclairée de la même manière.

Ensuite il faut bien différencier un fournisseur d’une offre d’électricité. Un fournisseur d’électricité peut proposer 2 types d’offres d’électricité simultanément : une offre grise et une offre verte. Ou encore plus compliqué à distinguer, une offre verte française et une offre verte européenne.
Ce qui différencie 2 offres vertes, c’est où et comment ce MWh est produit. C’est-à-dire, vous pouvez choisir une offre verte finançant des éoliennes danoises ou une installation hydraulique française. Pour savoir cela, vous devez être attentif aux Garanties d’Origine associées aux offres et si le fournisseur est bien transparent sur l’origine de l’électricité.

 

Idée reçue n°7 : L’électricité verte, ce n’est pas vraiment écologique.

VRAI et FAU(mais plutôt faux)

Tout d’abord, il faut savoir que toute consommation d’énergie a un impact sur l’environnement. C’est également valable pour les énergies renouvelables : la construction et le démantèlement des installations entraînent des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Mais comment connaître leur impact exact ? Pour cela, il faut d’abord se pencher sur l’ACV (analyse du cycle de vie), une méthode d’évaluation qui permet de connaître le bilan environnemental d’un moyen de production, sur toute sa durée de vie. Dans le cas d’une éolienne par exemple, l’ACV tient compte de son installation, de son fonctionnement, de sa maintenance et de son démantèlement.

Une fois que l’on connaît l’impact énergétique d’une installation, il nous faut ensuite calculer son TRC (temps de retour carbone). Cette donnée nous permettra de connaître le temps nécessaire de production d’électricité pour amortir les gaz à effet de serre rejetés lors de sa construction et de son démantèlement. Donc dans un sens, oui, toute construction de moyen de production d’électricité (exploitant des énergies renouvelables ou non), émet du CO2 et pollue notre atmosphère.

Contrairement à l’électricité verte, l’électricité « grise » pollue lorsqu’elle est produite

MAIS. Il faut bien faire la distinction entre technologie de production d’électricité et énergie utilisée. Nous avons d’un côté l’électricité dite « grise », qui exploite des énergies fossiles ou nucléaire. L’exploitation de ces énergies a de forts impacts sur l’environnement, notamment en matière d’émissions de CO2 pour le fossile. Certes, le nucléaire n’émet pas de CO2 en produisant de l’électricité. Mais il est inutile de préciser les risques sanitaires et sécuritaires que ses centrales et que leurs déchets engendrent. Notons également que pour toutes ces sources d’énergie, les réserves en matières sont limitées, donc non pérennes dans le temps.

De l’autre côté, nous avons l’électricité dite « renouvelable». Premier point : la production d’électricité à partir des énergies renouvelables émet peu de CO2. Deuxième point, les ressources utilisées sont inépuisables : le vent, l’eau, le soleil, les déchets et la chaleur de la terre. Donc, même si la construction et la maintenance des moyens de production produisant de l’électricité d’origine renouvelable émettent du CO2, les énergies qu’ils exploitent ne le sont pas, et c’est là toute la différence. Les analyses en ACV et TRC ne font aucun doute là-dessus.

Les technologies produisant de l'électricité verte n'émettent pas de CO2 à la production

« Même si la construction et la maintenance des moyens de production produisant de l’électricité d’origine renouvelable émettent du CO2, les énergies qu’ils exploitent ne le sont pas, et c’est là toute la différence. »

Dernière chose : les énergies renouvelables présentent un atout important sur le plan géopolitique. Au regard des faibles quantités de pétrole et de charbon présentes sur notre territoire et de l’absence totale d’uranium, nous sommes aujourd’hui contraints d’importer ces ressources depuis l’étranger. Résultat : la France dépend fortement des pays exportateurs qui, de surcroît, sont généralement des régions du globe géopolitiquement instables. Vous l’aurez deviné, en plus de leurs vertus environnementales, les énergies renouvelables constitueraient aussi un moyen de rendre notre pays indépendant quant à l’approvisionnement de son énergie.

 

Idée reçue n°8 : Les grands barrages hydroélectriques ne produisent pas de l’électricité verte.

FAUX

Petit point historique : l’énergie hydraulique est la plus ancienne source d’énergie (notamment avec la roue à aubes). Aujourd’hui, elle permet de produire de l’électricité grâce au courant de l’eau, que ce soit par sa force ou son débit. Comme les autres énergies renouvelables, l’énergie hydraulique est inépuisable et émet peu de CO2. Elle possède néanmoins une particularité qui lui est propre. Il est possible de la stocker et de la produire à la demande grâce à des réservoirs et des retenues d’eau appelées STEP (stations de transfert d’énergie par pompage). Ce système présente un gros avantage puisqu’il permet ainsi de couvrir des pics de consommation.

Certes, comme toute installation industrielle, l’installation d’un nouveau barrage hydraulique n’est pas sans conséquence. En France, contrairement à d’autres pays, la construction de nouveaux barrages fait systématiquement l’objet d’études poussées sur les impacts environnementaux et sociaux qu’elle pourrait générer. On se rend d’ailleurs compte que dans la majorité des cas, un nouveau barrage hydraulique relève plus de la question sociologique qu’environnementale. Quoiqu’il en soit, il n’en demeure pas moins que l’énergie hydraulique reste intrinsèquement renouvelable.

les barrages hydrauliques produisent de l'électricité verte

L’énergie hydraulique est la plus ancienne source d’énergie de notre Histoire.

 

Idée reçue n°9 : L’électricité verte est moins polluante que l’électricité produite grâce au nucléaire.

C’est compliqué…

Nous l’avons déjà évoqué : dans les deux cas (énergies renouvelables ou nucléaire), la production d’électricité produite n’émet pas de CO2. Jusque-là, exæquo. Toutefois, si l’on considère l’analyse du cycle de vie (vu en Idée reçue n°7) – c’est-à-dire, si l’on prend en compte les activités d’installation, de maintenance et de démantèlement des infrastructures – on se rend compte que les centrales nucléaires émettent par exemple moins de CO2 qu’un parc éolien (respectivement 6 gCO2 eq./kWh contre 12,5 gCO2 eq./kWh).

On peut en revanche relever deux points qui jouent en faveur de la production d’électricité d’origine renouvelable. Le premier réside dans la matière utilisée pour produire l’énergie. L’électricité d’origine renouvelable est produite à partir de ressources utilisables à l’infini. A l’inverse, les centrales nucléaires tournent grâce à l’uranium qui est une ressource minière donc disponible en quantité limitée. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que durant tout leur cycle de vie, les centrales nucléaires génèrent des déchets radioactifs. Et même s’ils sont gérés selon des procédures très strictes en matière de sécurité, ce n’est pas très rassurant d’un point de vue sanitaire. Par ailleurs, leur stockage (principalement en entrepôts en France), soulève de nombreuses questions d’un point de vue écologique…

Quoiqu’il en soit, nous pensons que le débat ne doit pas résider dans une confrontation énergies renouvelables vs nucléaire. Nous préférons retenir le caractère extrêmement polluant (émissions de gaz à effet de serre) de la production d’électricité à partir des énergies fossiles.

 

Idée reçue n°10 : Une production d’électricité décarbonée ne peut pas subvenir à tous nos besoins énergétiques.

SI !

On vous l’accorde, il est aujourd’hui difficile d’envisager une sortie totale et immédiate des énergies fossiles sans se préoccuper des alternatives possibles. C’est d’ailleurs bien pour cela que l’on parle de transition énergétique et qu’elle doit s’opérer sur plusieurs d’années. Les scenarii qui ont vu le jour ces dernières années démontrent que l’hypothèse d’un mix majoritairement renouvelable est envisageable d’ici 30 ans (2050). Parmi eux, le scénario de l’ADEME, qui évoque la possibilité de parvenir à ces objectifs grâce à des actions menées de front. Parmi elles, baisse des consommations, rénovation énergétique, déploiement massif de moyens de production exploitant les énergies renouvelables et baisse du coût des technologies de production d’électricité non polluantes… Néanmoins, il faut reprocher à l’ADEME de ne pas prendre sérieusement les critères économiques à leur proposition.

Certains sont même allés plus loin. C’est le cas de l’Université Finlandaise LUT et du Groupe Energy Watch, qui ont étudié la possibilité d’une transition énergétique totale d’ici 2050 : 100% de consommation d’énergie renouvelable, dans tous les secteurs (cf. graphique ci-dessous).

les projection vers une transition énergétique n'utilisant que des énergies renouvelables d'ici à 2050

Scénario d’une transition énergétique d’ici 2050 avec un mix électrique exploitant 100% d’énergies renouvelables
EUREC Publication 2019 – Myths and realities of renewable energy

L’intermittence n’est pas une barrière…

Parmi les arguments souvent évoqués contre les énergies renouvelables, on retrouve souvent celui de leur intermittence. C’est une caractéristique propre aux éoliennes et aux panneaux photovoltaïques, qui dépendent des conditions météorologiques. Il faut cependant bien avoir à l’esprit que les énergies renouvelables sont loin d’être exploitées à leur maximum. Pour ce faire, il faudrait un développement massif de ces dernières afin de générer l’effet de foisonnement. En augmentant la capacité de production de ces énergies (notamment du solaire dans les pays du sud et de l’éolien sur toutes nos côtes), nous exercerions une pression sur le réseau électrique. Certes une éolienne ne produit que lorsqu’il y a du vent… Mais en augmentant le nombre d’éoliennes sur l’ensemble du territoire, nous aurons de moins en moins besoin de solliciter les moyens de production exploitant les énergies fossiles.

Par ailleurs, de nombreuses technologies de stockage sont aujourd’hui à l’essai pour permettre justement de répondre au mieux à la demande en cas de pic de consommation.

Sans aller à la production d’électricité 100% renouvelable, il semble que des solutions optimales incluant du nucléaire et une part de centrales à gaz pour assurer des besoins en pointe puisse permettre d’avoir un mix énergétique du réseau électrique européen qui soit largement décarboné. Cela est important dans la mesure où la transition énergétique invite à consommer moins d’énergie finale en tout mais davantage d’énergie sous forme électrique.

 

Idée reçue n°11 : Les éoliennes et les panneaux solaires, c’est moche.

Peut être…

Pouvez-vous donner un point de vue objectif sur une œuvre de Picasso ? Difficile… Saviez-vous que la Tour Eiffel était destinée à être démontée après l’exposition universelle tant beaucoup de monde la trouvaient hideuse ? Et saviez-vous que l’on a longtemps considéré que les phares comme des éléments inesthétiques et non naturels pour le paysage marin ? Et si c’était simplement une question d’évolution dans nos perceptions des choses ?

En ce qui concerne les éoliennes, on se heurte exactement à la même question… Le tout est de savoir si l’on préfère supporter la vue des tours de refroidissement de centrales nucléaires, des grosses usines à gaz, ou bien la vue de parcs éoliens et de panneaux solaires… A nous de voir !

 

Photo by Colin Watts & Ivan Bandura

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Le marché de l’électricité : entre flux physiques et conventions

Le marché de l’électricité : entre flux physiques et conventions

Le marché de l’électricité : entre flux physiques et conventions

« L’électricité ce n’est pas bien compliqué, c’est simplement du courant qui transite d’un point A à un point B ». Alors non, c’est un tout petit peu plus complexe que cela en fait. Et en plus, lorsque l’on parle d’électricité, il faut bien distinguer deux choses : les flux physiques (comment le courant arrive chez vous) et la réalité du marché (qu’est-ce que me vend un fournisseur d’électricité). Deux choses qu’il faut savoir différencier pour bien comprendre l’intérêt d’une offre d’électricité verte.

On va voir tout ça ensemble, ce n’est pas si complexe que ça au final : c’est parti.

 

Les flux physiques d’électricité

Commençons d’abord par les flux physiques d’électricité. Tout au long de cet article, vous devrez bien garder deux choses à l’esprit :

  • 1 : premièrement, le courant électrique se déplace à une vitesse de 200 000 km par seconde en empruntant le chemin de moindre résistance. A cette vitesse il est possible de parcourir 5 fois le tour de la Terre en une seconde. Son flux est donc quasiment instantané et physiquement intraçable.
  • 2 : deuxièmement, l’électricité, une fois produite, ne se stocke pas à grande échelle. Il est donc nécessaire de la consommer instantanément.

Dans les faits, comment ça fonctionne ? Les producteurs injectent l’électricité dans le réseau ; les consommateurs la soutire du réseau ; et entre les deux, les gestionnaires de réseau se chargent de faire circuler le courant électrique à travers les lignes à haute et basse tension. En matière de flux physique, il est important de noter l’absence d’un acteur dont on entend pourtant souvent parler, c’est le fournisseur d’électricité. Il faut retenir qu’un fournisseur d’électricité ne fournit pas physiquement d’électricité.

Par ailleurs, l’électricité ne se stocke pas et se déplace quasiment instantanément. Pour ces raisons, vous pouvez comparer le réseau électrique à un élastique géant maintenu en tension par des millions de consommateurs et producteurs.

Ainsi, si trop d’électricité était injectée dans le réseau, on ne pourrait pas en mettre de côté et la consommer plus tard, elle serait perdue voire mettrait en danger l’équilibre du réseau électrique et risquerait de créer un black-out. De la même manière, on ne peut pas avoir plus de consommation que de production au risque d’endommager le réseau.

👉 Il faut que l’injection d’électricité dans le réseau (= production) soit en permanence EGALE au soutirage (= consommation).

 

LES FLUX PHYSIQUES D’ELECTRICTE

comment fonctionnent les flux physiques d'électricite
Les flux physiques d’électricité : on comprend que seuls 3 acteurs jouent un rôle ;
le consommateur final, le producteur d’électricité et le transporteur.

 

Vous êtes toujours avec nous ? Parfait, passons à la suite.

Le réseau électrique étant partagé de tous et compte tenu des caractéristiques de l’électricité, il est impossible de déterminer un flux physique entre un producteur et un consommateur. Alors comment faire des échanges commerciaux ? Afin de contourner cette impossibilité physique de s’échanger un bien contre une somme d’argent, deux conventions distinctes et liées ont été créées. Elles permettent chacune de valoriser des caractéristiques différentes et complémentaires de l’électricité.

Attention ! Il ne faut surtout pas confondre ces conventions avec l’électricité physique. Cela risquerait de biaiser votre compréhension de ce qui est une offre d’électricité verte.

 

Les deux conventions valorisant l’électricité

1. La Responsabilité d’Equilibre

La Responsabilité d’Equilibre (RE), c’est la convention qui valorise où et quand l’électricité est injectée dans le réseau.

👉 Selon la CRE, un responsable d’équilibre est une entreprise qui s’engage auprès du gestionnaire du réseau électrique Rte à financer le coût des écarts constatés a posteriori entre l’électricité injectée et l’électricité consommée au sein d’un périmètre d’équilibre.

Qu’est ce que cela veut dire ? Concrètement, ce sont les acteurs du marché qui interviennent pour s’assurer que l’injection d’électricité sera égale au soutirage dans une zone donnée, appelée « périmètre d’équilibre ». Ils veillent ainsi à ce que le réseau soit équilibré.

Et c’est là que le fournisseur d’électricité entre en scène ! Contrairement à ce que suggère son nom, le fournisseur ne fournit pas d’électricité, mais joue le rôle de responsable d’équilibre pour le compte de ses clients, les consommateurs finaux. Dans les faits, le fournisseur d’électricité va déclarer auprès de Rte un certain volume d’électricité, amené à être soutiré du réseau par ses clients. Il va également déclarer qu’il s’est mis d’accord avec un autre responsable d’équilibre (un producteur), pour qu’il déclare qu’un volume d’électricité correspondant sera bien injecté dans le réseau. Ainsi, ce dernier se retrouve équilibré. De son côté, le gestionnaire du réseau Rte va donc s’assurer que les informations données par les deux responsables d’équilibre (le fournisseur et le producteur) s’accordent.

Finalement, il s’agit bien ici d’un commerce d’engagement à s’équilibrer sur le réseau auprès de Rte. C’est n’est donc en aucun cas du commerce d’électricité physique.

 

LA RESPONSABILITÉ D’ÉQUILIBRE

le rôle de la responsabilité d'équilibre sur le marché de l'électricité
La Responsabilité d’Equilibre : les responsables d’équilibre s’assurent que l’injection d’électricité
dans le réseau sera égale au soutirage.

 

La Responsabilité d’Equilibre possède cependant une limite : sa définition de l’électricité n’intègre pas son origine ni sa provenance. Il est donc impossible d’utiliser cette convention pour tracer l’électricité, ni commercialement ni physiquement… Donc de valoriser la manière dont elle a été produite.

 

2. La Garantie d’Origine

Vient ensuite la Garantie d’Origine (GO). Elle complète la Responsabilité d’Equilibre en valorisant comment l’électricité est produite. Rappelons que cette dernière peut être produite à partir de 3 familles d’énergies : les énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydraulique, biomasse, géothermie), les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), et l’énergie nucléaire. Par ailleurs, la GO est aujourd’hui l’unique preuve légale en Europe de l’origine renouvelable de l’électricité.

Générée pour chaque MWh d’électricité produit à partir d’énergies renouvelables et injecté dans le réseau, la GO permet ainsi de connaître toutes les informations sur la qualité et l’origine de l’électricité produite : la technologie utilisée (solaire, éolienne, hydraulique, etc.), mais aussi la centrale de production, sa localisation, sa date de mise en service… En clair, la Garantie d’Origine c’est la carte d’identité de l’électricité.

Grâce à ces informations, le consommateur (vous et moi) peut choisir de consommer uniquement de l’électricité d’origine renouvelable et il peut même en choisir la provenance. En plus de sa fonction d’outil de traçabilité, la GO a une valeur pécuniaire. En effet les producteurs les revendent et ça leur permet de valoriser leur production d’électricité effectuée avec des énergies renouvelables et de financer la maintenance de leurs moyens de production existants et d’en développer de nouveaux. La Garantie d’Origine permet donc au consommateur d’afficher ses préférences et de faire bouger économiquement et environnementalement les choses.

 

LA GARANTIE D’ORIGINE

la garantie d'origine valorise comment l'électricité est produite

La Garantie d’Origine : via sa souscription à une offre d’électricité verte, le consommateur finance la maintenance et le développement des moyens de production exploitant les énergies renouvelables. En produisant 1 MWh d’électricité d’origine renouvelable, le producteur vend une garantie d’origine au fournisseur d’électricité verte.

 

Petits malins !

Lecteurs malins et attentifs que vous êtes, vous pourriez nous dire « oui, mais dans le premier paragraphe, vous avez dit que l’électricité n’était pas traçable ». Et vous avez raison ! En fait – et le schéma ci-dessus devrait vous aider à comprendre – physiquement parlant, même en souscrivant une offre d’électricité verte, vous consommez à la maison un mélange de toutes les injections dans le réseau (électricité verte et non verte). La GO, tout comme la RE, fonctionne donc sur le principe d’équivalence. La GO garantit que l’équivalent d’une consommation en électricité est produite à partir d’énergies renouvelables.

En conclusion, c’est là qu’il faut voir à grande échelle : plus nous serons nombreux à être demandeurs d’électricité d’origine renouvelable, plus cette dernière sera majoritaire dans le mix de production électrique. Et par la force des choses, les centrales à énergies fossiles et les centrales nucléaires tourneront moins. C’est dans ce sens que l’on pourra mener notre transition énergétique : privilégier les énergies renouvelables aura pour effet de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre liés à la production de notre électricité !

 

Les 5 points à retenir…

  • L’électricité physique n’étant pas traçable, on ne peut pas directement en faire commerce
  • Un fournisseur d’électricité ne fournit pas d’électricité
  • La Responsabilité d’Equilibre valorise et quand l’électricité est livrée
  • La Garantie d’Origine valorise comment l’électricité est produite
  • Une offre d’électricité verte, c’est nécessairement une offre qui intègre des Garanties d’Origine.

 

Photo by Dina Lydia

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Baromètre 2020 de la consommation d’électricité verte en France

Baromètre 2020 de la consommation d’électricité verte en France

Baromètre 2020 de la consommation d’électricité verte en France

Pour la 2ème année, QuiEstVert dévoile son baromètre de la consommation d’électricité verte en France. Pendant 3 mois, nous avons consulté, compilé et rassemblé les informations publiques fournies par les collectivités et grandes entreprises françaises, afin de recenser celles qui ont choisi de consommer une électricité de source renouvelable. Consommer de l’électricité verte, qu’est-ce que cela veut dire ? Quelle évolution de la consommation en France et en Europe ? Quels impacts en soutenant une consommation volontaire d’électricité verte ?

 

Reprenons les bases : la consommation d’électricité pollue

La production d’électricité est aujourd’hui responsable de 35% des émissions de CO2 en Europe. Un chiffre qui donne à réfléchir, surtout lorsque l’on sait qu’il concerne chacun et chacune d’entre-nous. En effet, un foyer français consomme en moyenne 4,76 MWh d’électricité par an. Cette consommation ne représente pas moins de 253,3kg de CO2 émis et 10g de déchets nucléaires sur la même période. On vous laisse imaginer ce que cela peut donner à l’échelle de tout un pays.

La consommation d'électricité en France et en Europe émet du CO2

👉 Retrouvez le Baromètre 2020

 

Soutenir la consommation volontaire d’électricité verte

61% des Français sont aujourd’hui favorables à la souscription d’une offre d’électricité verte. Bonne nouvelle nous direz-vous, mais voilà : la consommation volontaire d’électricité de source renouvelable souffre aujourd’hui d’un manque de popularité et surtout de compréhension. En effet, en 2018, seulement 7,4% de la consommation d’électricité française était de source renouvelable (soit 35,1 TWh). Notons que la moyenne européenne est de 23%.

Quelle consommation d'électricité verte en europe et en france

👉 Retrouvez le Baromètre 2020

Consommer de l’électricité verte est un réel levier pour la transition énergétique. En effet, en faisant le choix de l’électricité verte, le consommateur affiche sa préférence pour les énergies renouvelables, ce qui incite au développement de celles-ci. Nous en avons récemment eu la preuve concrète, avec la création aux Pays-Bas de grands parcs éoliens en mer financés sans aucune subvention.

 

La consommation d’électricité verte alimente le cercle vertueux généré par le mécanisme de la Garantie d’Origine

En Europe et en France, la Garantie d’Origine est un document électronique et l’unique outil légal qui atteste que l’électricité consommée est bien d’origine renouvelable.

 « La Garantie d’Origine nous permet de choisir ce qui doit alimenter le réseau. En utilisant des Garanties d’Origine, le consommateur exerce une pression économique en faveur de la transition énergétique à l’échelle européenne. » soulignent Ivan DEBAY et Jean-Damien DUMAS, respectivement Président et Directeur opérationnel de l’association QuiEstVert.

L’accroissement de la demande de GO (nous parlons ici des consommateurs finaux), confronte les producteurs d’électricité à une demande en forte hausse. De ce fait, ils seront encouragés à investir dans de nouveaux moyens de production exploitant des énergies renouvelables.

La France ne fait pas encore figure de bon élève dans ce domaine. En effet, elle ne représente aujourd’hui que 5% de la consommation européenne d’électricité verte, quand elle en représente 15% pour la consommation totale d’électricité.

Marché et consommation de l'électricité en europe

👉 Retrouvez le Baromètre 2020

 

En France, la consommation d’électricité verte progresse

Durant nos recherches, nous avons également recensé les grandes entreprises et collectivités du pays. 539 entités qui représentent aujourd’hui une consommation totale annuelle de 188,39 TWh soit environ 40% de la consommation d’électricité en France. Parmi elles, 100 consomment de l’électricité d’origine renouvelable de manière significative et 74 ont atteint 100% de consommation d’électricité verte. Une consommation d’électricité verte cumulée estimée à 10,48 TWh.

Les entreprises qui consomment de l'électricité verte en france

👉 Retrouvez le Baromètre 2020

Les grandes entreprises et groupes ont été répertoriés par chiffre d’affaires.  Les collectivités sont les villes, les intercommunalités et les services de l’État qui souhaitent plus d’électricité verte consommée dans les bâtiments publics, les écoles, musées, parcs, etc. Parmi les grandes villes françaises consommant de l’électricité verte, figurent Paris, Lyon, Lille, Toulouse ou encore Montpellier. La ville de Paris a ainsi réduit ainsi son empreinte carbone de 17 790 tonnes de CO2 et son empreinte nucléaire de 702 kg de déchets nucléaires selon les facteurs d’émissions du réseau français calculé par l’AIB.

top 3 des entreprises et collectivités qui consomment de l'électricité verte

👉 Retrouvez le Baromètre 2020

Qu’il s’agisse des grandes entreprises ou des collectivités, la motivation première des acheteurs d’électricité verte est de répondre aux attentes de leurs parties prenantes qui sont de plus en plus concernées par les enjeux climatiques.

 

Il reste des progrès à accomplir…

Imposer plus de transparence sur le mix énergétique des offres d’électricité. C’est ce que l’association QuiEstVert tente de faire. Notre mission : sensibiliser et informer le grand public et les entreprises sur les avantages des énergies renouvelables et participer à démocratiser l’accès à la consommation volontaire d’électricité verte (hydraulique, solaire, éolienne, biomasse, géothermique). Notre but ultime : faire avancer la transition énergétique en France et en Europe. Nous aidons les consommateurs à trouver l’offre électrique la plus adaptée à leurs besoins et à leurs valeurs avec un comparateur des offres d’électricité en France.

 

👉 Retrouvez le Baromètre 2020 de la consommation d’électricité verte française par ici

👉 Pour retrouver l’infographie du Baromètre 2020 de la consommation d’électricité verte française, c’est par là

 

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Développer les énergies renouvelables sans subventions publiques, c’est possible !

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Pour la première fois en Europe, un parc éolien en mer financé sans fonds public a été lancé l’été 2018 aux Pays-Bas. Le projet nommé « Hollandse Kust Zuid » va être développé par Vattenfall, entreprise suédoise [3]. À son achèvement en 2023, le parc éolien d’une puissance installée de 760 MW, alimentera un million de foyers soit 2,5% des besoins en électricité du pays. Depuis, 2 autres parcs éoliens de taille équivalente se sont lancés. Comment de tels moyens de production renouvelables peuvent-ils voir le jour sans subvention publique ? C’est à cette question que nous allons répondre dans cet article.

Comment développer les énergies renouvelables « sans subvention publique » ?

Tout d’abord, que quoi parle-t-on ? « Sans subvention publique » signifie que les projets ne bénéficient pas de mécanisme de soutien de l’État financé par le contribuable. Ils sont donc financés entièrement par des acheteurs volontaires qui fixent le prix qu’ils souhaitent payer. Cela est possible grâce à la Garantie d’Origine (GO) qui permet de choisir la provenance de son électricité. Les consommateurs qui tracent légalement leur électricité vers des énergies renouvelables grâce aux GO, financent ainsi une électricité neutre en CO2 et sans recours au nucléaire. La valeur de la Garantie d’Origine (GO) engendre un revenu supplémentaire pour le producteur.

Par ailleurs, en consommant une électricité tracée par des GO, les consommateurs d’électricité verte financent un producteur, tout en connaissant exactement ainsi l’origine de leur électricité. S’il y a une demande croissante de GO, c’est-à-dire de consommateurs d’électricité verte, les producteurs d’électricité devront faire face à une demande accrue. L’augmentation du prix de la Garantie d’Origine envoie un signal positif d’investissement dans la production d’électricité verte. Ainsi, ils seront encouragés à investir dans de nouveaux moyens de production utilisant des énergies renouvelables.

La consommation d’électricité verte est donc un moyen de faire bouger concrètement les choses. Comment ? En augmentant la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique. À partir du moment où les consommateurs s’engagent massivement à consommer volontairement de l’électricité verte tracée par des GO, des projets comme ceux des Pays-Bas peuvent émerger ainsi sans avoir recours à des subventions.

parc éolien offshore pays basUn parc éolien en mer au large des Pays-Bas 

Les Pays-Bas pionniers des énergies renouvelables sans subvention publique

Les Pays-Bas font partie des pays pionniers dans la consommation des énergies renouvelables en Europe. Dans ce pays, où la consommation volontaire d’électricité verte dépasse les 47% (2018), la Garantie d’Origine joue désormais un rôle important dans l’investissement dans des moyens de productions renouvelables. Elle permet de tendre davantage vers des investissements efficients et durables car nécessitant de moins en moins de subventions voire plus du tout. L’augmentation du prix de la GO à 7€/MWh en 2018, aux Pays-Bas a permis de lancer un projet de 760 MW d’éolien offshore aux Pays-Bas [2].

En plus du parc éolien offshore de « Hollandse Kust Zuid », les Pays-Bas ont annoncé la construction de 2 autres parcs éoliens d’au moins 700 MW de puissance installée chacun dans la région de Borssele. La construction de ces parcs éoliens devrait être achevée en 2020 et 2021. Les deux sites fourniront ainsi de l’électricité à 1,5 à 2 millions de ménages supplémentaires.

Toutefois, les Pays-Bas ne sont pas un cas isolé. Dans d’autres proportions, en Écosse, Greencoat UK Wind a annoncé en décembre 2019, l’installation de 73 MW d’éolien financé sans subvention publique, qui additionné aux 45 MW existants alimenteront 45 000 foyers écossais. La construction de cette extension située à Dumfries & Galloway, devrait finir en septembre 2020 [4].

Le solaire est devenu le pilier du réseau électrique espagnol

D’autres pays européens comme l’Espagne bénéficient aussi d’un marché sans subvention. En effet, dans ce pays la consommation volontaire d’électricité verte est de 26,9% et la production d’électricité de source solaire est plus que rentable. Le solaire répond aujourd’hui au besoin du réseau électrique, c’est-à-dire durant la journée lorsque les consommateurs sont les plus demandeurs et ou les alternatives sont plus chères qu’en France. Il en découle naturellement une très bonne rémunération de la Responsabilité d’Equilibre des producteurs de solaire. Dans ce pays, le photovoltaïque est ainsi rentable même si la Garantie d’Origine est au prix moyen européen. Néanmoins, si la Responsabilité d’Equilibre venait à moins rémunérer moins la production d’électricité, la Garantie d’Origine pourra compenser la différence si la demande continue d’augmenter. Les signaux sont donc au vert et les investissements fleurissent.

Le parc solaire financé sans subvention de Don Rodrigo 2 en Espagne - Photo de BayWa r.e.
Le parc solaire de Don Rodrigo (174MW) près de Séville en Espagne – Photo de BayWa r.e.

Le mix de production espagnol est composé de 38,4% d’énergies renouvelables (2018). Le Gouvernement souhaite augmenter cette part en investissant encore plus dans les panneaux photovoltaïques. En effet, la période est propice car les coûts de l’énergie solaire ont diminué de 73% entre 2010 et 2017, selon les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (IRENA). Avec un taux de recyclage et de revalorisation très haut (95% en France) le photovoltaïque permet désormais de produire de l’électricité à un prix bien inférieur à celui des énergies fossiles.

L’Espagne, un marché sans subvention publique à fort potentiel

L’Espagne représente le marché sans subvention publique à la croissance la plus rapide en Europe. La diminution de coût de l’énergie moyen actualisé (LCOE) et des conditions de marché favorables ont conduit à un développement accéléré de nouveaux projets d’énergies renouvelables, en particulier pour l’énergie solaire. Un des derniers exemples en date, en 2018, la société allemande BayWa r.e., spécialisée dans les énergies renouvelables, a signé un contrat d’achat d’électricité sur 15 ans avec l’énergéticien norvégien Statkraft, ouvrant ainsi la voie à la réalisation d’une centrale photovoltaïque de 170 MWc à Don Rodrigo, au sud de Séville en Espagne.

Le financement efficient et durable des énergies renouvelables est aussi envisageable en France. Néanmoins c’est à condition que consommateurs, particuliers et professionnels s’engagent massivement dans une consommation d’électricité d’origine renouvelable.

Comment se construit un projet d’énergie renouvelable en France ?

En France, en amont de la construction, tout projet en matière d’énergies renouvelables doit lancer une série d’appels d’offres auprès d’entreprises, afin d’intervenir pour la réalisation du génie civil. Une fois les autorisations obtenues et les recours définitivement terminés, le développeur met en place son plan de financement en lien avec différents partenaires (banques, investisseurs privés, etc.) [5].

Quelle que soit la nature de l’installation électrique (photovoltaïque, éolien…) les quatre grandes phases de sa réalisation sont les mêmes. En revanche, leur durée, leur complexité et leur contenu peuvent être très différents d’un projet à l’autre.

Tableau grandes étapes ENRLes étapes de construction d’une installation électrique utilisant des énergies renouvelables.

Comment le développement d’un projet est-il soutenu par les pouvoirs publics ?

En France, le soutien aux énergies renouvelables est financé depuis 2016 par la Taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE). Elle est directement prélevée sur la facture d’électricité des consommateurs. En 2018, 65% du montant total de la TICFE était destiné au soutien du développement des énergies renouvelables. Cela a permis d’atteindre une somme totale des dépenses publiques de soutien aux énergies renouvelables à 5,49 milliards d’euros en 2018.

Le développement de l’éolien et du solaire

Durant les dix dernières années, le développement de l’éolien et du solaire était soutenu par un mécanisme d’obligation d’achat. Autrement dit, toute l’électricité produite par une éolienne, un panneau photovoltaïque était acheté à son producteur à prix fixe, et ce pendant 15 ans. Le niveau du tarif d’achat était fixé par l’État de manière à couvrir les coûts de production de l’électricité. Par ailleurs, l’achat de l’électricité par EDF (acheteur obligé) était compensé dans son intégralité aussi grâce à la TICFE.

La sous-station du parc éolien de Saint-Nazaire - © JEAN-FRANCOIS MONIER AFP
La sous-station du parc éolien de Saint-Nazaire dont la construction a débuté fin 2019 – © Jean-François Monier – AFP

Enfin, le soutien à un projet d’énergie renouvelable est alloué selon deux méthodes :

  • Pour les plus petites installations, le niveau du soutien est fixé par l’État, de manière à couvrir les coûts associés à la production d’électricité.
  • Pour les plus grandes installations, le soutien est alloué par voie d’appel d’offres. Les producteurs sont donc mis en compétition, ce qui les incite à proposer les prix les plus bas. A noter que ce prix reste pour l’instant supérieur au prix de marché.

En conclusion, pour se développer, les constructeurs de nouveaux parcs d’énergie renouvelable français (éolien, hydraulique, photovoltaïque, etc.) estiment encore aujourd’hui avoir besoin d’une subvention publique. Cependant, la distribution de subvention publique est souvent délicate. Pourtant, comme les habitants des Pays-Bas le démontrent, il suffit d’un engagement des consommateurs dans les énergies renouvelables pour créer un réel signal d’investissement et permettre un développement pérenne et durable des énergies renouvelables.

 

Sources :
[1] Cour des comptes ; « Le soutien aux énergies renouvelables »
[2] Origo Renouvelable ; « 700MW d’éolien offshore financés grâce aux Garanties d’Origine ! »
[3] Government of the Netherlands ; « Vattenfall to build second unsubsidised Dutch offshore wind farm »
[4] Insider.co ; « Subsidy-free wind farm goes ahead in south of Scotland »
[5] Le Journal de l’Eolien ; « Les étapes d’un projet éolien »

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Idées reçues sur l’électricité

Idées reçues sur l’électricité

Idées reçues sur l’électricité

Ah l’électricité… Un univers technique et complexe dans lequel on n’aime généralement pas mettre les pieds. Et pourtant, à moins que vous ne vous éclairiez à la bougie (et encore), l’électricité est un sujet qui nous concerne tous. Mais voilà, problème : on entend souvent tout et son contraire, si bien qu’il est parfois difficile de s’y retrouver… Pas de panique chers lecteurs ! Pour vous, nous avons fait le tri dans les idées reçues sur l’électricité et avons démêlé le vrai du faux !

Idée reçue n°1 : L’électricité ça pollue. 

VRAI
Tout d’abord, reprenons les bases. Le réseau électrique que nous utilisons s’alimente (en grande partie) avec des moyens de production qui utilisent des énergies fossiles telles que le gaz, le charbon ou le pétrole. Ces moyens de production ont pour conséquence directe d’importantes émissions de gaz à effet de serre. En conséquence, la production d’électricité représente aujourd’hui 35% des émissions de CO2 en Europe ! Par ailleurs, notons que les moyens de production totalement (ou presque) décarbonés, sont ceux qui exploitent le nucléaire ou les énergies renouvelables.

 

Idée reçue n°2 : Nous consommons de l’électricité française.

FAUX

Le réseau électrique est européen.

Notre réseau électrique représente le résultat d’un long travail de coopération entre les pays de l’UE. En effet, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, ce réseau a été pensé dans une volonté de développer les échanges d’énergie à l’échelle de l’Europe. Et la France a joué un rôle important dans la construction du réseau électrique ! Les lignards français ont ainsi fait de notre pays le carrefour électrique des plus grandes économies européennes. Aujourd’hui, le réseau électrique est extrêmement dense et européen. L’électricité ne s’arrête pas aux frontières politiques des pays.

L’électricité ne va pas au plus court, mais là où la résistance est la plus faible.

En conséquence, lorsque vous allumez la lumière, l’électricité peut passer par l’Italie, le Danemark ou encore la Suisse, car elle n’a pas de chemin tracé (cf. Idée reçue n°4). Elle ne va pas au plus court, mais suit les lignes où la résistance électrique est la plus faible. Le fait de vous situer à proximité d’une centrale de production d’électricité ne détermine donc pas que l’électricité que vous consommez provienne de cette dernière. Pas très intuitif nous direz-vous ? Il ne faut pas imaginer le réseau électrique comme des tubes dans lesquels des électrons se déplacent comme des billes. Imaginez-le plutôt comme un élastique géant aux millions de ramifications, que vous voulez maintenir tendu sans qu’il ne pète. Pour l’électricité c’est pareil : il faut que l’injection (production) dans le réseau soit à chaque instant, égale au soutirage (consommation).

Le signal électrique se déplace à une vitesse de 200 000 km par seconde, soit deux tiers de la vitesse de la lumière. Pour donner une idée, à cette vitesse, on réalise cinq fois le tour de monde en 1 seconde ! Autant dire que le signal électrique transite de manière quasi instantanée dans un réseau de cuivre partagé par des millions de producteurs et de consommateurs dans l’Europe entière. Ainsi, si vous êtes à Strasbourg et que vous allumez la lumière chez vous, l’électricité peut tout aussi bien provenir d’une centrale à charbon polonaise ou d’un parc éolien des Pays-Bas ou les deux en même temps.

Les réseaux électriques européens sont interconnectés
Carte du réseau électrique européen – Source : ENTSO-E, Grid Map

 

Idée reçue n°3 : On peut acheter et vendre de l’électricité. 

VRAI
Physiquement, l’électricité est une énergie que l’on ne peut pas stocker et qui transite quasi-instantanément dans nos fils électriques. Ainsi il est impossible de mettre de l’électricité dans une boite pour la commercialiser et la vendre. Pour répondre à cette problématique, des conventions ont été créées afin de pouvoir s’échanger commercialement de l’électricité et coller au maximum à la réalité physique.

  • La première convention appelée Responsabilité d’Équilibre valorise et quand l’électricité est produite. Un producteur est rémunéré lorsqu’il injecte de l’électricité au moment où le réseau électrique en a le besoin. Un fournisseur de son côté se doit de déclarer, pour le compte de ses clients, leur consommation en électricité afin que le réseau puisse équilibrer l’injection et le soutirage d’électricité.
  • La deuxième convention appelée Garantie d’Origine valorise comment l’électricité est produite. Si l’électricité est produite avec des énergies d’origine renouvelable, la Garantie d’Origine en est la preuve.

La somme de ces 2 conventions est l’électricité. Tout simplement.

 

Idée reçue n°4 : On ne peut pas savoir d’où vient vraiment l’électricité.

VRAI et FAUX
Tout comme l’électricité ne se stocke pas, elle n’est pas non plus traçable physiquement. Impossible donc de connaître la centrale qui a produit le MWh que vous consommez. Tous les producteurs qu’ils soient nucléaires, fossiles et renouvelables injectent de l’électricité dans le même réseau. Physiquement, nous consommons tous la même électricité, produite par l’ensemble des centrales polluantes ou non. En revanche, vous pouvez déterminer juridiquement l’origine de votre électricité. Comment ? En faisant le choix de consommer de l’électricité verte (d’origine renouvelable), c’est-à-dire grâce au seul moyen légal d’y parvenir, un document appelé la Garantie d’Origine (GO).

Lorsqu’un producteur d’électricité d’origine renouvelable injecte dans le réseau 1 MWh, un document électronique (une GO) garantissant la production de ce MWh, lui est délivré. Il contient un numéro unique qui permet de connaître la centrale de production, sa puissance, sa date de production mais aussi la technologie (solaire, éolien, hydraulique…). Cette GO est également un complément de rémunération. En achetant des GO, c’est comme si vous consommiez juridiquement les MWh produits dans la centrale de votre choix, en finançant ce producteur et en connaissant ainsi l’origine de votre électricité.
 
De plus, en accroissant la demande de GO, les producteurs d’électricité seront encouragés à investir dans de nouveaux moyens de production utilisant des énergies renouvelables. La consommation d’électricité verte est un excellent moyen de faire bouger concrètement les choses !

Tracer son électricité c'est possible

 

Idée reçue n°5 : Un fournisseur d’électricité fournit de l’électricité.

FAUX
Voici une idée reçue sur l’électricité qui paraît logique pour tout le monde. Et pourtant… Comme évoqué plus haut, l’électricité est produite puis transportée pour être consommée instantanément. Ce processus implique trois types d’acteurs : les producteurs, les transporteurs/distributeurs et enfin, les consommateurs. Dans ce processus, il y a un acteur qui n’a aucun rôle « physique » : c’est le fournisseur d’électricité.

Selon le Larousse, fournir signifie « approvisionner en quelque chose ». Or, votre fournisseur commercialise votre accès au réseau électrique et ne vous approvisionne pas directement en énergie. Il est ainsi l’interface entre le réseau électrique et vous, consommateur. En réalité, il a un rôle de commercialisation de l’électricité. C’est pourquoi il nous semble plus pertinent de reprendre le terme utilisé par Rte (le gestionnaire français de transport d’électricité), qui est celui de « commercialisateur d’électricité ». Un fournisseur n’est donc simplement qu’un intermédiaire financier entre le consommateur et le réseau électrique.

Il faut aussi et surtout rappeler que le fournisseur d’électricité joue le rôle de responsable d’équilibre pour le compte de ses clients. En effet, les fournisseurs s’engagent auprès de Rte à assurer l’équilibre entre injections et soutirages d’électricité dans une zone virtuelle donnée, appelée périmètre d’équilibre« J’ai tant de consommateurs qui vont consommer tant de MWh, je dois m’assurer qu’il y en aura suffisamment sur le réseau ».

 

Idée reçue n°6 : Changer de fournisseur d’électricité, c’est compliqué.

FAUX
Ça, c’est une idée reçue sur l’électricité qui a la vie dure ! Depuis 2007, tous les consommateurs d’électricité peuvent changer de fournisseur et/ou d’offre quand ils le souhaitent. Il n’y a aucune condition à réunir : vous êtes le seul maître à bord ! Vous savez pourquoi ? Parce qu’un fournisseur n’est qu’un simple intermédiaire financier. Il ne touchera jamais à votre compteur. Il ne touchera en fait à rien du tout. Le changement se fait en 5 minutes chrono et vous pouvez changer autant de fois que vous le souhaitez : les abonnements d’électricité sont sans engagement. Les seules informations dont vous aurez besoin sont : votre numéro de Point de Livraison (en abrégé, PDL) – c’est le numéro d’identification de votre compteur électrique marqué sur toutes vos factures d’électricité – et un RIB.

Où et comment trouver son point de livraison

 

Idée reçue n°7 : Changer de fournisseur d’électricité, c’est gratuit.

VRAI
A partir du moment où vous faites appel à un nouveau fournisseur, le changement s’effectue automatiquement. Le nouveau fournisseur s’occupe de tout : c’est sans frais de résiliation, sans période d’engagement et bien évidemment, sans coupure d’électricité ! Car, rappelons-le, les fournisseurs ne gèrent ni vos fils électriques ni votre compteur (ça, c’est Enedis !)…

 

Idée reçue n°8 : L’achat direct d’électricité rémunère mieux le producteur et favorise la transition énergétique.

FAUX

Qu’est-ce que l’achat direct ?

Tout d’abord : qu’est-ce que l’achat direct d’électricité ? C’est le fait d’acheter la Responsabilité d’Equilibre et les Garanties d’Origine associées auprès d’un producteur spécifique. On peut aussi l’appeler « achat groupé ». L’achat direct est un argument marketing qu’on pourrait qualifier de « greenwashing ». Il donne en effet l’impression que l’électricité provient directement d’un producteur d’électricité verte et/ou d’une centrale proche de chez vous, alors que ce n’est pas le cas (cf. Idée reçue n°2). Ce producteur, comme tous les autres (verts ou non) injecte son électricité dans le même réseau électrique utilisé par tous les français quel que ce soit leur fournisseur.  L’achat direct est également utilisé par certains fournisseurs qui présentent leurs offres d’électricité comme plus vertes, plus premium ou plus vertueuses pour l’environnement. Là encore, ce n’est pas le cas.
 

Pourquoi l’achat direct ne rémunère pas mieux le producteur ?

Mais alors, pourquoi l’achat direct ne rémunère pas mieux le producteur, ni ne favorise pas plus la transition énergétique que les autres offres ? Effectuer un achat direct d’électricité verte comprend le coût de la Responsabilité d’Équilibre auquel on ajoute le coût de la Garantie d’Origine.
C’est-à-dire qu’il y a d’un côté la Responsabilité d’Équilibre, vendue au même prix pour toutes les centrales électriques, qu’elles soient néfastes ou vertueuses (exploitant des énergies fossiles ou renouvelables) pour l’environnement. Le producteur est ainsi rémunéré en fonction de s’il injecte de l’électricité quand le réseau en a le plus besoin. De l’autre côté, il y a la Garantie d’Origine, qui valorise la qualité verte de l’électricité. Le producteur est rémunéré pour son engagement dans les énergies renouvelables grâce à la vente ses Garanties d’Origine. C’est donc la seule chose qui compte d’un point environnement : le prix de la GO. Grâce à la GO, le producteur d’électricité verte voit son électricité mieux rémunérée, donc plus compétitive que les énergies grises. En réalité peu importe s’il vend ses MWh contractuels avec ou séparément de sa GO, l’essentiel est qu’il les vende.
Faire le choix de l’électricité verte permet donc de favoriser les énergies renouvelables au détriment des énergies fossiles et nucléaires. Si plus de consommateurs font ce choix, c’est toute l’industrie qui sera obligée de se plier à leurs exigences. Au-delà d’une question de profits, vous avez là un moyen durable et efficace de favoriser la transition énergétique.

L'achat direct d'électricité ne permet pas d'avoir une électricité plus verte

 

Idée reçue n°9 : En souscrivant un contrat auprès d’un fournisseur vert, je reçois exclusivement de l’électricité verte dans ma prise.


Juridiquement VRAI et physiquement FAUX
L’électricité que vous consommez est le fruit de moyens de production situés sur tout le territoire européen. Le fait de contracter une offre d’électricité verte vous assure donc que le fournisseur a acquis un certain nombre de GO. Ces documents attestent qu’un volume d’électricité de source renouvelable équivalent à votre consommation a été injecté sur le réseau. Dès lors, en signant un contrat avec un fournisseur vert, vous participez au développement des énergies renouvelables. Ça c’est d’un point de vue juridique.
D’un point de vue physique, nous l’avons mentionné dans l’idée reçue n°4, l’électricité n’est pas traçable. Mais l’important n’est pas là. Ce qui compte, c’est de contribuer au développement des énergies renouvelables via l’achat de GO, pour tendre à moyen/long terme vers un mix électrique 100% renouvelable à l’échelle européenne.

 

En conclusion, voilà ce que nous pouvions dire sur l’électricité et les idées reçues dont elle fait l’objet. Et vous, est ce que vous avez appris de choses ?

 

Photo by Jonny Caspari ; Jeremy Perkins & Diz Play

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